23 AOUT 1939

Jour fixé pour le début des manoeuvres de l’aviation de chasse. L’ordre de fin de manoeuvres arrive à 11heures. Tous les pilotes dispersés dans leurs différents groupes d’origine rejoignent d’urgence le 2/4, le matériel est mis en état, les permissionnaires sont rappelés. Motif : Visée allemande sur Dantzig. La mise sur pied de guerre est terminée à 18 h 30, mais les avions ne sont pas armés, les munitions ne sont pas arrivées.

24 AOUT 1939

Mise au point de l’armement, montage des mitrailleuses. A 10 h 30 arrivée des munitions et commencement de la mise en bande des cartouches, tout le monde s’affaire dans le hangar du groupe. Le soir 35.000 cartouches sont prêtes à être utilisées.

Le sergent COURREGES, nouvellement affecté à l’escadrille, et très peu entraîné, est reversé au bombardement.

25 AOUT 1939

Continuation du travail de la veille. Dès 6 h 00 du matin les avions sont au réglage à la butte ; le soir quatre appareils sont prêts.

26 AOUT 1939

120.000 cartouches sont mises en bandes, tous les avions sont parés, armes et collimateurs réglé. (Sur la base de Reims où étaient stationnés quatre groupes de chasse, un centre d’expériences et un groupe de bombardement, nous ne disposons que d’une seule butte de tir.)

27 AOUT 1939

Le dimanche commence par une alerte qui est donnée à 5 h 30 et qui nous tire du lit dans lequel la plupart d’entre nous viennent de dormir pour la dernière fois. L’échelon roulant est fin prêt et part à 11 h 00 sous les ordres du sous-lieutenant JOMBARD affecté au groupe depuis huit jours à peine, et de son second l’adjudant-chef RAVIER. Le médecin du groupe, le lieutenant-médecin HARDEL l’accompagne dans la 402 de commandement. A 16 heures l’ordre est donné de desserrer les avions sur la piste. A 18 heures nous apprenons officieusement que le départ de l’échelon volant aura lieu le lendemain à l’aube en direction d’un point qui est encore tenu caché. Le sous-lieutenant MOINE restera à Reims, d’où il partira pour faire partie de l’escadrille de guet aérien, sur Potez 63.

28 AOUT 1939

A 4 h 45, après une nuit blanche pour beaucoup de pilotes, rassemblement des officiers et sous-officiers en ville. A 5 heures tout le monde est présent au hangar avec la petite valise. On apprend le point de stationnement du Groupe en campagne, il s’agit du terrain de Xaffevilliers que tous les pilotes repèrent sur la carte avec une photo aérienne à l’appui. A 8 h 30 l’ordre de départ arrive pour tous les avions du groupe, la 3me Escadrille décolle derrière le capitaine BORNE; la 4me Escadrille décolle à 9 h 35 et 1 h 10 après tout le monde se pose sur le nouveau terrain, après quelques atterrissages parfois comiques. Nous rencontrons le personnel arrivé par l’échelon roulant et nous prenons contact avec notre nouvelle garnison champêtre. Le Groupe entier est stationné à Roville-aux-Chênes, petit village situé à 4 kilomètres du terrain, sur la route de Rambervilliers à Lunéville. Le groupe reçoit un accueil que nous qualifions tout de même d’amical de toute la population (250 habitants) qui lôge des troupes pour la première fois. L’affectation des logements est faite en pleine nuit par le commandant du Groupe, assisté du sous-lieutenant CUNY, de la 3me escadrille qui a bien du mal à se faire obéir de tout le monde. Certains logent dans des chambres et couchent dans des lits dont le confort est proportionnel à l’ancienneté et au grade, les jeunes sous-officiers couchent dans des granges, dans le foin. Il paraît néanmoins que la nuit fût bonne pour tout le monde malgré la température assez basse et qu’au réveil le moral de tous était excellent. Quand aux avions nous les avons laissés en bordure nord du terrain, en lisière d’un bois et sous la protection d’une garde. Tous les 50 mètres un alvéole est ébauché et un camouflage provisoire fait de branchages protège tous les avions des indiscrétions possibles. Le P.C. de l’Escadrille s’est installé près du P.C. du Groupe, il est bien pauvre (celui du Groupe,  car-salle de renseignements, l’est aussi).

 Septembre 1939