SAMEDI Ier JUIN 1940

            Journée fertile en protections.

            Très tôt, le matin deux Potez-63 se posent sur le terrain avec leur mission en poche. L’un doit travailler sur le secteur Berry-au-bac-Rethel l’autre sur le secteur Rethel-Autigny. La trois protégera le premier et nous le second. On calcule un horaire astucieux (ou plutôt qui a la prétention de l’être) pour que les deux missions, commençant l’une à Berry-au-bac, l’autre a Attigny se retrouvent à la fin à Rethel, et reviennent en force pour répondre comme il se doit à une attaque des Boches. Quatre patrouilles de l’Escadrille y prennent part. La mission à lieu sans histoires. Elle commence au-dessus des nuages et se termine au-dessous d’un plafond de I.200 mètres dans une crasse qui ne facilite pas notre travail peut-être, mais qui est néanmoins la meilleure protection qu’un Potez puisse rêver. Et naturellement, dans cette crasse, on ne retrouve pas la trois à Rethel ; elle était déjà passée.

            Le soir, mission analogue sur le secteur Rethel-Novion-Porcien. Nous y allons à trois patrouilles et nous sommes protégés nous-mêmes par une patrouille double de la trois. Mission absolument confuse, où nous faisons un véritable carrousel à 800 mètres d’altitude sous un plafond épais, tandis que le Potez s’obstine à se faire tirer sans arrêt, par la Flak. Nous avons tellement l’impression de n’être d’aucune utilité pour ce brave Potez, par contre il y en a quelques uns parmi nous qui vont se rentrer dedans tout à l’heure..

            En rentrant au terrain, la patrouille du sous-lieutenant BAPTIZET et celle de l’adjudant TESSERAUD grimpent à 6.000 mètres à la poursuite d’un bombardier qui vient de survoler le terrain en laissant une superbe traînée que l’on voit encore. Sans résultat que celui de mettre notre BAPTIZET en colère parce que la radio ne fonctionne pas bien.

            Le système de l’alerte n’en est pas moins conservé, il fait vraiment chaud à attendre sur la piste qu’un avion soit signalé, quand JAUSSAUD sort de là il est plus rouge qu’un coquelicot. PLUBEAU, lui, n’apprécie pas du tout ce genre de plaisanterie. Son traditionnel rhume des foins le gène plus que jamais, pour DE LA CHAPELLE, c’est autre chose : il a attendu maintenant pour avoir mal aux dents : c’est charmant.

DIMANCHE 2 JUIN 1940

            Encore une protection exactement dans le même esprit qu’hier. Mais aujourd’hui, alors que sur notre terrain le plafond est illimité, avec une visibilité extraordinaire, la météo signale que sur les lignes le plafond est très bas et que la visibilité est très mauvaise. Le lieutenant VINCOTTE ne veut à aucun prix, rééditer la scène ridicule d’hier, fait remarquer à l’observation que si le plafond est inférieur à I.800 mètres la protection est absolument inutile, que les nuages suffisent. Il ajoute même que, puisque la mission demandée doit avoir lieu en principe à 3.000 mètres il serait  peut-être inutile de voler sur les lignes à moins de I.500 mètres altitude qui devenait très dangereuse par la Flak très puissante qu’on rencontrait sur ce secteur.

L’observateur prit la chose très haut et répondit avec une fierté digne d’éloges qu’à son G.A.O on avait toujours fait les missions que le commandement avait prescrites. A cela le lieutenant VINCOTTE qui ne voulait pas être en reste, rétorqua à l’observateur, qui en était à sa première mission de guerre, que le commandement voulait des renseignement et que se faire descendre était un moyen sur pour ne pas en rapporter…

            C’est sur ses bonnes paroles que nous décollâmes et que nous filions rapidement vers le nord. La météo avait eu raison : le Potez, qui avait pris très vite de l’altitude, de 3.000 mètres, devait bientôt commencer à descendre, car au sud de Rethel il n’y avait déjà plus que quelques rares trous et plus au nord une superbe mer de nuages. Le Potez s’enfile dans le dernier trou ; à la verticale du tunnel de Rethel. La protection est à I.400 mètres, encore très au-dessus des sommets des nuages. Le lieutenant VINCOTTE décide de rester au-dessus mais de suivre néanmoins le trajet du Potez pour pouvoir intervenir si besoin est. Au bout de vingt minutes de navigation à l’estime, nous reconnaissons le camp de Sissonne au travers de l’unique trou de la région. Nous filons vers Reims qui est dégagé, et nous attendons… Attente très longue, nous rentrons.

            Au début de l’après-midi, nous apprenons que notre Potez, qui avait fait sa mission à 800 mètres, avait été sans arrêt tiré par la Flak et que, au moment de rentrer dans nos lignes, il avait reçu un coup fatal… Le pilote avait pu pourtant poser son taxi en catastrophe dans nos lignes avec le mitrailleur et l’observateur tués. Le lieutenant VINCOTTE est assez frappé par ce malheur, car il a un peu l’impression de leur avoir porté la poisse…

            JAUSSAUD, s’en va à Auxerre, accompagné par le caporal-chef TRUHLAR, convoyer deux Curtiss qui ont besoin de quelques réparations. Ils reviennent le soir en Potez 58.

LUNDI 3 JUIN 1940

            Au début de la journée, la patrouille d’alerte décolle à la poursuite d’un bombardier que la D.C.A suivant ses chères habitudes, signalisait avec une précision de fantaisie. Le signal de départ est d’ailleurs donné avec un certain retard, et avant que les pilotes aient décollé, on savait déjà que le Boche pouvait facilement rentrer chez lui.

            A part, cela, même genre de mission et même genre de temps qu’hier. Nous partons en fin de matinée protéger un Potez sur le même secteur Attigny-Rethel-Guignicourt. Quatre patrouilles de l’Escadrille groupant le nombre respectable de douze avions. Mais à hauteur de Chalons de grosses formations nuageuses font faire demi-tour au Potez. La radio nous demande de faire un tour vers Rethel, où, une fois de plus, l’armée de terre, nous demande d’intervenir contre le « Papillon ». Nous évoluons en rase-mottes dans la région pendant une bonne demi-heure sans rien voir. Au retour, la radio signale des centaines de bombardiers ennemis. Il y en a paraît-il partout.

PLUBEAU, qui est le seul à entendre la communication emmène tout le dispositif à 4.000 mètres ; mais l’essence s’épuise vite et il faut se poser après 2h10 de vol. Quand les pleins sont faits il y a longtemps que les bombardiers sont repartis. Ils ont eu le temps d’arroser copieusement la région parisienne qui en a pris, dit-on un bon coup.

MARDI 4 JUIN 1940

            Mission de protection le matin, sur le secteur qui commence à être bien connu de Rethel-Attigny, pendant que la trois fait une mission analogue sur le secteur situé plus à l’Ouest. Le temps est splendide, la mission se fait dans d’excellentes conditions : pas de chasse ennemie, pas de Flak.

            L’après-midi, mission identique sur le même secteur dans les mêmes conditions et là encore on ne rencontre pas de chasse ennemie et la Flak nous méprise. Comme ce matin, on avait mis en l’air une Patrouille triple, et c’est vraiment curieux de remarquer que lorsqu’il n’y a rien devant nous le dispositif reste bien homogène… D’ailleurs ce calme apparent ne nous dit rien qui vaille et nous avons tous l’impression que dans quelques jours les Boches vont attaquer dans notre secteur.

            Une bonne nouvelle qui fait vite le tour des pilotes et les comble de joie : il paraît que les premiers P40 sont arrivés, et que bientôt le Groupe en sera équipé, ça va barder. Messieurs les Fritz. Vous pouvez commencer à numéroter vos abatis..

MERCREDI 5 JUIN 1940

            Et bien çà y est. L’attaque que nous avions tous prévue, à commencé ce matin, il paraît qu’ils attaquent sur tout le front de la somme et de l’Aisne. Pour nous, cette attaque se traduit par une alerte dès l’aube. Il faut immédiatement une patrouille triple en couverture de la piste (on se demande pourquoi) fausse alerte d’ailleurs car finalement on ne décolle pas.

            Le décollage n’a lieu qu’à 9h30 et la mission de protection que nous devions primitivement faire s’est transformée en mission de destruction générale sur le secteur du Chemin-des-Dames.

Trois patrouilles décollent donc, groupant les pilotes suivants :

Lieutenant VINCOTTE, sous-lieutenant FAUCONNET, sous-lieutenant CORDIER, sous-lieutenant BAPTIZET, sergent-chef JAUSSAUD, lieutenant HLOBIL, adjudant TESSEREAUD, sergent de la CHAPELLE, sergent chef POSTA.

            Dès le départ, nous ne sommes plus que huit, car JUSSAUD crève sa roulette de queue. Nous arrivons rapidement sur le secteur et nous sommes surpris de n’y rien voir, il nous avait été dit qu’une foule de bombardiers s’en donnait à cœur joie. Nous sommes à 3.000 mètres et nous ne voyons décidément rien.

Si ce n’est un malheureux Henschel, qui se promène tranquillement à 2.000 mètres au-dessous de nous et que la visibilité extraordinaire nous permet d’apercevoir. La première patrouille lui tombe immédiatement dessus, suivi de la seconde. Une passe… Mais voilà du nouveau, qu’est-ce que c’est que ces points qui brillent au soleil, assez haut au-dessus de nous, sinon des Messerschmidt. En effet, ils nous attaquent en essayant de dégager leur copain. Mais ça n’est pas aussi facile qu’ils le pensent : Pendant que BAPTIZET et HLOBIL seringuent sans arrêt le pigeon au cours des passes exécutées en rase-mottes, et finalement l’envoient dans les décors, en flammes, les autres pilotes bagarrent durs avec les Messerschmidt, qui se révèlent très coriaces.

            Ces Messerschmidt ont une caractéristique qui permet de les reconnaître. Ils ont tous le nez du moteur peint en rouge, ce qui leur donne un air particulièrement arrogant. DE La CHAPELLE est le premier à l’expérimenter. Il est à l’étage supérieur, et est tout de suite pris à parti par une patrouille contre laquelle il ne peut rien faire si ce n’est se défendre de toute sa science du combat tournoyant. C’est néanmoins assez dur et je crois qu’il se souviendra longtemps de sa montée en spirale, qui s’est terminée, par un piqué fantastique de plus de 5.000 mètres, piqué au cours duquel il eu l’impression de perdre ses plants, tellement ils vibraient. Enfin ils arrivent vite près du sol. Il redresse et s’aperçoit avec une certaine satisfaction que les chasseurs boches ne sont plus là. Il n’avait plus qu’une chose à faire, aller au point de ralliement, Epernay 3.000 mètres.

Quand aux autres, ils sont en pleine confusion : combats tournoyants dans lesquels on perd ses équipiers pour se retrouver deux minutes après le début de la fête, tout seul dans le ciel auquel on a l’impression d’appartenir ? Cet isolement n’est en général, que de courte durée car aussi vite qu’il a paru se vider, il se remplit de « points noirs » qui n’ont à notre égard, le plus souvent que haine et malveillance…

            BAPTIZET, qui vient de descendre de la bonne manière son Henschel, ne s’en tient pas là. Il rencontre par hasard un ME.109 qui rentrait chez lui en rase-mottes. Il se met dans sa queue et en quelques giclées, l’envoie en flammes dans un monde meilleur.. Belle continuation.. Mais ça n’est pas tout, il remonte vers deux mille mètres, et retrouve là le lieutenant VINCOTTE qui se trouvait déjà, depuis quelques temps, aux prises avec un Messerschmidt. Je l’avais pris dans mon collimateur alors que ce salaud faisait une passe sur FAUCONNET. Je n’avais pas pu m’en approcher à moins de 300 mètres, mais ne l’en avais pas moins arrosé, je l’avais vu se mettre sur le dos, on se demande pourquoi, et faire un superbe piqué, trop loin de moi alors, pour pouvoir le suivre…Mais pourquoi donc ce cornichon était-il remonté ? Probablement pour recevoir au passage une giclée de BAPTIZET, et pour que je puisse le cueillir ne l’ayant pas quitté des yeux pendant toutes ses évolutions. Quand il arrive au sommet de sa chandelle, je n’ai plus qu’à me mettre dans sa queue. C’est facile, et l’arrosage commence. De la fumée, le feu… Je regarde derrière moi…

Minute, en voilà un autre qui aimerait bien me prendre pour pigeon. J’abandonne la poursuite, très étonné qu’il puisse rentrer chez lui ? J’évite celui qui est derrière moi et , après un virage complet, je suis dans sa queue. Je tire… crac… Je n’ai plus de munitions. Seule une mitrailleuse de capot crache lamentablement. Le Boche dégage en retournement, je ne le suis pas, c’est inutile… Je n’ai plus qu’a aller au ralliement. En rentrant j’ai la surprise d’en retrouver un qui me fait une passe plein avant, je tourne autour de lui, je me mets facilement derrière lui, il dégage et s’en va sans que je le suive, à quoi bon le faire sans munitions.

            Pendant tout le retour, je pense à l’utilité d’économiser les munitions et j’envie PLUBEAU qui réussit à descendre les Boches et à revenir au terrain avec ses chargeurs presque pleins.

            Assez bonne mission en somme, puisque nous en avons descendu 2, et même probablement 3. Bravo à BAPTIZET, le principal artisan de la victoire, de notre côté, seul TESSERAUD, est revenu avec quelques balles dans son taxi… insignifiants.

            Grande activité verbale naturellement après l’atterrissage autour des soutes… Mais où est JAUSSAUD.. dans toute cette affaire ?… On apprend à ce moment qu’il a vite fait réparer sa roulette de queue, et qu’il n’a su résister à l’attirance des lignes : cher JUSSAUD , toujours gonflé.. Mais vous savez qu’on a attendu votre retour avec impatience… et ne m’en voulez pas trop : si je vous ai reçu avec d’autres paroles que des félicitations.

            L’après-midi, nous décollons pour faire cette protection que nous devions faire ce matin, secteur Laon-Craonne. Altitude 4.000 mètres. 3 patrouilles protégées par une patrouille de la 3. Cet important dispositif n’a d’ailleurs pas à intervenir. Mission très calme, où la chasse ennemie ne se montre pas.. et ou, toutefois, un équipier de la 3 à eu de la veine de gauler HENSCHEL et de le descendre sans autre forme de procès.

JEUDI 6 JUIN 1940

Je crois que nous allons commencer à connaître le secteur des environs de Soissons. Ce matin, une patrouille double a encore décollé pour une mission de couverture sur son secteur : la patrouille est emmenée par PLUBEAU et le groupe par le lieutenant HLOBIL, le sous-lieutenant CORDIER, avec en accompagnement le sous-lieutenant FAUCONNET, le sergent-chef LA CHAPELLE, et le sergent-chef JUSSAUD.

            Comme la couverture demandée doit se faire à très  basse altitude, PLUBEAU décide judicieusement  d’arriver près du secteur à 5.000 mètres, pour dégager le ciel, si besoin est, et de descendre alors à l’altitude de travail, à 10 kilomètres de Soissons. PLUBEAU commence à descendre doucement en appelant par la radio FAUCONNET qui se trouve beaucoup trop loin et beaucoup trop haut : non décidément FAUCONNET ne comprend pas… Et quand six ME.109 lui tombe dessus la patrouille  est seule pour recevoir le choc. PLUBEAU fait demi-tour en reprenant de l’altitude, mais il ne peut pas arriver avant que les boches n’ai réussi à faire du grabuge. FAUCONNET en a eu un dans le dos  tout de suite, il a pris une bonne giclée, qui a mis son avion hors de combat, lui-même est blessé à la jambe, il n’a plus qu ‘une chose a faire, rentrer au terrain où nous le voyons arriver sans fierté, et ou, après avoir vainement tenté de sortir le train, il est obligé de se poser, sur le ventre.  JUSSAUD a pu, au cours du combat, se mettre dans la queue d’un Messerchmidt, et l’arroser copieusement ; il est fort probable qu’il l’a descendu, il l’a abandonné avec de la fumée caractéristique aux fesses, mais il en avait un autre derrière qui devenait mordant et il a du se dégager. Il ne ressort de l’issue de ce combat qu’une assez forte confusion dans l’ordonnance de nos patrouilles. Seuls, PLUBEAU et HLOBIL, se retrouvent sur le secteur. Quelques minutes après, six ME.109 leur tombent sur le paletot, PLUBEAU vire à gauche en battant des plans, mais HLOBIL aime le sport, il en a vite un dans la queue, qui lui envoie des giclées fantastiques, sans qu’il fasse autre chose que de rendre légèrement la main…Mais il y a un Dieu pour les jeunes pilotes, car le ME.109 dégage et laisse le brave HLOBIL, continuer sa navigation en ligne droite… Quant à PLUBEAU, il n’a pas perdu son temps ; il s’est mis aussitôt dans le dos du troisième et a pu facilement tirer quelques rafales avant de dégager devant la menace de ceux qui suivaient. Résultat : le Messerchmidt s’est écrasé au sol comme le témoignait les troupes au sol, au cours d’une liaison  téléphonique quelques heures après. Mais il n’en a pas moins perdu de vue HLOBIL, il a même quelques inquiétudes. Il reste un moment encore sur le secteur et rentre tout seul au point de ralliement. Il n’y voit personne. Et pourtant HLOBIL, y avait bien trouvé quelques instants plus tôt CORDIER, de LA CHAPELLE, et JUSSAUD qui étaient arrivés avant lui. Dans cet ensemble qui ne brille pas par son homogénéité, personne ne veut prendre l’initiative des opérations. JASSAUD se décide enfin et veut emmener tout le monde vers.. L’ouest. CORDIER réagit et part de son côté, avec HLOBIL tous les deux arrivent bientôt à Orconte. JAUSSAUD et de LA CHAPPELLE se retrouvent tout d’un coup à La-Ferté-sous-Jouarre… (drôle d’idée). Là ils se rendent compte de leur erreur (heureusement) et enfin mettent le cap vers l’est. (DE LA CHAPPELLE aurait pu tout de même le faire avant, en sa qualité de vieux Rémois il aurait pu reconnaître un peu mieux la région).

            PLUBEAU revient, seul, au terrain où sont déjà posés CORDIER et HLOBIL. Il est en liaison parfaite avec la voiture. Ce n’est pas elle qu’il écoute, il entend remarquablement  bien un Fritz qui doit certainement ne pas être bien loin. Il nous demande des explications : est-ce que par hasard il n’y a pas un « douteux » signalé dans les environs ?.. Non, sommes nous obligés de répondre… PLUBEAU se pose alors et au moment où il coupe un superbe Junkers passe majestueusement au-dessus de la piste. Nous pouvons néanmoins passer ce renseignement à LA CHAPPELLE et à JUSSAUD qui sont encore en l’air. Ils réussissent à surprendre le Fritz : l’engagement commence à 4.000 mètres pour se poursuivre en rase-mottes vers l'est..

Ils se débrouillent si bien que La Chapelle n'a bientôt plus de munitions et que JAUSSAUD qui en a encore un peu, n'est pas sûr du résultat et ils doivent abandonner, ils n'ont guère d'essence… Ils ne sont pas d'accord sur la direction à suivre pour rentrer au terrain (deuxième fois de la journée). La CHAPELLE réussit, par miracle à trouver la piste d'Orconte, mais JAUSSAUD qui décidément est moins bon navigateur que polémiste, passe à coté de la piste sans la voir et va finalement se poser, en panne d'essence, en campagne près de Dampierre. Un beau succès en somme… Et il est encore assez fier quand il implore au téléphone une voiture de dépannage. Il n'y a pourtant pas de quoi.

            Pendant toute cette journée, la trois a aussi pas mal bagarré, l'un de ses pilotes s'est couvert de gloire. PAULHAN, qui a du poser son avion en catastrophe dans un champ alors que ses ennemis, dont il venait d'en abattre deux, continuaient à le mitrailler.

VENDREDI 7 JUIN 1940

Journée de deuil pour tout le groupe : le capitaine GUIEU n'est pas rentré : son escadrille était d'alerte ce matin et il était parti à la tête d'une patrouille double, au petit jour, pour protéger un Potez, sur le secteur de Soissons. Dès l'arrivée sur le secteur, ils sont attaqués par des Messerschmidt en force. GUIEU s'est tout de suite déchaîné avec la fougue que nous lui connaissions tous : il se met facilement dans la queue d'un boche qui en voulait à un Potez, le tire, mais ne s'aperçoit pas qu'il en a un autre dans le dos, qui le touche et le descend : l'observateur du Potez et le caporal-chef TRUHLAR, sans être absolument affirmatifs, ont cru voir un Curtiss piquer et s'écraser au sol… Ils n'ont pas vu de parachute se déployer.. Je ne conserve pas beaucoup d'espoir : je crois malheureusement que nous ne le reverrons plus jamais… Son escadrille, qu'il aimait avec passion perd un grand chef ; tous le comprennent, ils le pleurent.. Je comprends leur peine. Pour ma part, GUIEU était un ami de toujours. J'avais eu la joie de servir sous ses ordres, comme second des Diables Rouges, et jamais dans nos relations, il n'y avait eu le moindre désaccord. Combien de soirée, avons-nous passées depuis le début de la guerre, à parler en toute confiance de notre métier, de nos familles de nos espoirs et de nos déceptions. C'est à moi que va revenir le triste devoir de prévenir les siens.

            Pour nous, à l'escadrille rien de bien extraordinaire aujourd'hui. Nous étions partis, en mission de couverture pour continuer le travail de la trois mais à peine étions-nous décollés que nous arrivait l'ordre par radio de nous reposer. L'un d'entre nous n'avait  pas pu décoller et le commandant BORNE ne voulait pas que nous arrivions seulement à cinq sur un secteur où il paraissait y avoir tant de boches …

            Nous repartions pour la même mission à 11h.30 , mais en patrouille triple cette fois. En bas le lieutenant VINCOTTE, avec CORDIER et de la FLECHERE à l'étage intermédiaire le sous-lieutenant PLUBEAU, GIRARD et JAUSSAUD en haut es habitués de l'altitude : TESSERAUD et DE LA CHAPELLE, accompagnés de PUDA qui, d'ailleurs ne restera pas longtemps, il rentrera tout de suite, avec des mitrailleuses en panne.

            Nous croisons pendant une demi-heure sur le chemin des Dames, sans voir aucun avion ennemi, rien, absolument rien, dans le ciel, qu'une immense fumée qui s'élève très haut, et qui provient des réservoirs d'essence de la région de Soissons qui sont en feu ; cette fumée forme un véritable nuage très opaque et ce doit être cet écran artificiel qui a permis au Potez, que protégeaient GUIEU et ses patrouilles, de se dégager des chasseurs boches.

            Au retour, nous entendons des messages de D.A.T. Mais malheureusement, ces messages ne sont pas passés avec les conventions que nous connaissions et on peut toujours essayer de les déchiffrer : c'est tout de même pénible et ridicule qu'il n'y ait pas plus de liaisons dans la chasse française.

Donc une mission sans aucun profit, et sans histoire : il règne un peu de déception chez les pilotes, j'ai l'impression que la confiance n'est pas aussi belle que ces jours derniers : quand donc vont arriver ces P.40 qu'on nous promet.  PLUBEAU en fait déjà des rêves. Il voit la première patrouille triple de ces bolides entre nos mains, nous rencontrons une formation de ME.109 telle que celles qui sont habituées à nous tomber dessus et que nous ne pouvions pas poursuivre. Et alors la chasse commence , chasse infernale, où l'on voit chaque P.40 poursuivre sans pitié son Messerschmidt et l'abattre.. Hélas quand ces rêves magnifiques seront-ils des réalités ?

            Le soir le lieutenant GIRARD est appelé par le Commandant BORNE, c'est à lui que va revenir l'honneur de commander la troisième escadrille. Le lieutenant VINCOTTE perd son second et toute l'escadrille regrette un officier aux belles qualités militaires qui, jointes à un caractère très ambiant en faisait un second particulièrement apprécié. GIRARD nous quitte donc, avec une émotion visible et compréhensible.. Et puis, il faut l'avouer.. La succession du capitaine GUIEU en commandant des Diables Rouges est vraiment lourde.

            Nous avons reçu en ce jour de tristesse la belle citation de notre cher DUPERRET. Le commandant d'escadrille la lit à tout le personnel avec une certaine angoisse dans la voix.

CITATION A L'ORDRE DE L'ARMEE

DU SOUS-LIEUTENANT DUPERRET

ordre général N° 36 du G.Q.G.A

« Officier d'une très haute valeur morale, remarquable par sa bravoure et son audace. Pilote de chasse ardent, chef de patrouille habile et sûr. A effectué 13 missions au-dessus des lignes ennemies et a pris part à de nombreux combats au cours desquels plusieurs avions ont été abattus. Sa brillante conduite en vol lui avait déjà valu dès le début de la campagne une première citation. " A trouvé une mort glorieuse le 12 mai 1940, au cours d'un combat aérien inégal contre plusieurs chasseurs ennemis ».

            Des décisions nous sont arrivées dont le commandant de groupe a fait part à ses commandants d'escadrille. Et le lieutenant VINCOTTE en a fait part à tous les pilotes : depuis aujourd'hui nous ne faisons plus partie de la 6ème armée à laquelle nous appartenions depuis notre arrivée à Orconte.. Ce qui fait dire à notre humoriste-poète  (JAUSSAUD pour ceux qui ne l'ont pas reconnu) que les Petits-Poucets sont bien dans la tradition : ils se sont perdus.. Mais où vont-ils trouver les cailloux semés par le G.Q.G. ?

SAMEDI 8 JUIN 1940

            Des ordres nous arrivent le matin, étonnants et assez délicats à réaliser. Notre présence est indispensable en renfort des groupes qui travaillent dans la région de la Seine. Tout le groupe part se poser à Brétigny où des ordres nous seront donnés.

            Une patrouille triple de l'escadrille participe au déplacement il y en a autant à la trois. Quelques mécaniciens nous accompagnent. Ils prennent place dans un Potez-540. Pendant le voyage, nous entendons sans arrêt la Tour Eiffel mais c'est toujours, comme hier, un langage incompréhensible qu'elle parle. Enfin nous nous posons tous, et nous avons l'agréable surprise de voir que personne ne nous attendait.. Charmante idée du « haut commandement ».

            Enfin, pour qu'il ne puisse pas être dit que nous sommes venus inutilement, on nous invente une mission de derrière les fagots : protection de quelques MS.406 qui feront une couverture du triangle Beauvais-Gisors-Gournay, mission qui se passe très haut. Le rassemblement se passe très bien et le début de la couverture commence sans histoire.

Tout en observant le ciel, nous jetons un coup d'œil sur le sol: quelle désolation partout: Beauvais paraît bien touchée avec plusieurs incendies autour de la cathédrale partout ça à l'air d'être la même chose : de loin on reconnaît les endroits habités par les colonnes de fumée qui s'en élève. Vers la fin de la mission, la monotonie de cette protection cesse un moment par l'arrivée soudaine de 4 Messerschmidt que la visibilité étonnante nous permet d'apercevoir de très loin, alors qu'ils sont en train de monter encore pour, apparemment, essayer de surprendre les Morane. Il est très net qu'ils ne nous ont pas aperçus. Nous prenons de l'altitude et nous attendons qu'ils déclenchent leur attaque pour leur tomber dessus, mais ils nous aperçoivent tout à coup et repartent à toute vitesse d'où ils venaient. C'est absolument inutile d'essayer de les poursuivre. Nous revenons à Brétigny sans autres difficultés, où nous nous ravitaillons. Nous reprenons le chemin d'Orconte, un peu déçus de l'inutilité de tous ces vols de la journée, d'autant plus que, pendant notre absence, il y a eu une assez grande activité sur notre secteur habituel.

DIMANCHE 9 JUIN 1940

            Bien rude journée, qui aurait pu se terminer beaucoup plus mal. Tant à la trois que chez nous, il y a eu de la casse ; mais heureusement, tout le monde est sauf.

            Je vais essayer de remettre tout cela sur pied. Ce me sera pas très facile, l'un des principaux artisans de la journée est à l'hôpital, PLUBEAU, et beaucoup parmi les autres n'ont toujours pas compris ce qui se passait... comme souvent d'ailleurs.

            Le matin, nous partons donc effectuer une mission de destruction sur le secteur de Rethel-Attigny. Le temps est superbe, pas un nuage, une visibilité. Nous partons à trois patrouilles ainsi constituées  :

            Lieutenant VINCOTTE, sous-lieutenant CORDIER, sergent-chef DE LA FLECHERE, sous-lieutenant PLUBEAU, sergent-chef JAUSSAUD, sergent-chef POSTA, adjudant TESSERAUD, sergent-chef DE LA CHAPELLE, sergent-chef PUDA, et au-dessus une patrouille triple de la troisième escadrille, qui doit assurer la protection du dispositif.

            Le décollage a lieu à 9 h.20. PUDA qui a des ennuis avec ses mitrailleuses nous quitte presque aussitôt. Dès que nous arrivons sur le secteur nous commençons par voir plusieurs pelotons de trois bombardiers qui se dirigent vers le sud-ouest. Je décide d'attaquer le chef du premier peloton et je manœuvre pour le tirer trois quarts arrière. C'est ce que je fais, mes équipiers me suivent comme mon ombre. Une première rafle qui va être bientôt suivie d'une deuxième. La deuxième patrouille attaque immédiatement derrière nous. Bonne défense des bombardiers. Mise en cercle. Et très vite tout le monde s'en mêle. Les bombardiers étant très nombreux et le ciel paraissant vide de tout chasseur. Les trois patrouilles de la troisième Escadrille descendent de leur perchoir, pour bagarrer aussi. Mais tout à coup changement de décors… des pois blancs qui basculent. Ce sont des Messerschmidt qui nous tombent dessus. Ils sont en force et attaquent immédiatement les Curtiss qui courraient aux fesses des bombardiers. Combats tournoyants que les ME.109 n'acceptent pas toujours. Confusion extrême. Au cours de ces combats PLUBEAU réussit encore une fois à se signaler :  il se met dans la queue d'un Boche avec la maestria que nous commençons à lui connaître et le met en flammes après lui avoir largué une bonne série de rafales ; il doit le laisser à son sort avant d'avoir eu la joie de le voir percuter car il y en a un dans sa queue qui commence à devenir menaçant. Pour ma part, je suis resté avec le fidèle de la FLECHERE qui en prend un que je venais de tirer et qui l'accompagne en feu jusqu'au sol.  Très bien la FLECHERE; J'avais abandonné ce pigeon car il y en avait un qui me tirait trois quart avant et que j'avais dû éviter. J'aperçois alors un Curtiss qui paraissait mal parti avec 2 boches aux fesses.

Je réussis à les seringuer, mais à ce moment le mauvais qui venait me tirer revenait par l'arrière et m'envoyait un superbe obus dans l'empennage. Le choc me fit faire un triple tonneau déclenché, et j'avoue que je ne me suis pas senti très fier, pendant quelques instants. Mais tout s'est à peu près bien terminé, et je n'avais plus qu'à revenir à Chalons, le point de ralliement. Là, je rencontrais DE LA CHAPELLE qui n'en revenait pas d'avoir seringué un Boche de très près sans apparemment lui avoir fait le moindre mal…

            La FLECHERE bien protégé par CASENOBE, de la 3, est revenu avec un taxi presque défaillant : il a réussi à se poser de justesse sur le terrain après avoir effrayé  quelques témoins. PLUBEAU est écœuré, car, en bonne position il a raté un deuxième avion. Pour ma part j'avoue que c'est moi-même qui suis défaillant…

            En somme, nous n'avons pas été trop malheureux puisque avec des dégâts vraiment limités, nous avons sûrement descendu un Junkers, qui s'est abattu près de Mourmelon, après que 2 des occupants se soient jetés en parachute. Un Messerschmidt a été descendu par PLUBEAU et il y en a un autre très probablement pour la FLECHERE et moi-même… A la 3 ils ont été moins heureux puisque BLANC (note au feuillet suivant) a du se jeter de son avion en flammes et que PAULHAN a du poser son avion en détresse près de Mourmelon.

            Le soir, le groupe entier remet ça sur le même secteur. Nous y avons rendez-vous au groupe I/5 qui est stationné presque à coté de nous à St-Dizier. Trois patrouilles de la 3 doivent protéger un Potez. Une patrouille triple de chez nous les protégent et une quinzaine de Curtiss circulent au-dessus.

            Chez nous prennent l'air :

Sous-lieutenant PLUBEAU, Sous-lieutenant CORDIER, Lieutenant HLOBIL, Capitaine ENGLER, Sergent-chef de la CHAPELLE, Sergent-chef POSTA, Adjudant TESSERAUD, Sergent-chef JAUSSAUD, Sergent-chef PUDA.

            Tout ce joli monde (il paraît que j'emploie souvent cette expression) s'achemine vers les lignes. Le Sergent-chef PUDA quitte bientôt la patrouille, il a une fois de plus des ennuis des mitrailleuses. A l'arrivée sur les lignes deux pelotons de bombardiers sont immédiatement repérés : l'un se dirige vers l'est, l'autre au nord de l'Aisne se dirige vers le sud. Un peu au-dessus un Heinkel 111, qui paraissait faire la liaison entre les 2 pelotons… Beaucoup plus haut, à environ 1.000 mètres au-dessus de nous exactement à hauteur et dans l'axe de la patrouille du Lieutenant DORANCE du I/5 une patrouille de cinq à six Messerschmidt, qui se dirige, elle aussi vers le sud.

            Tout devrait très bien se passer, nous sommes en force. Et bien non. Il faut d'ailleurs dire que nous ne sommes en fait pas si nombreux, car les avions du I/5 nous ont perdus et ils n'interviendront à aucun moment dans la bagarre, qui s'engage dès que le Sous-lieutenant PLUBEAU a photographié l'ensemble et a pris la décision d'attaquer.

            Il bat des plans et emmène ses patrouilles à l'attaque du Heinkel 111 isolé. Ses équipiers le voient tirer à plusieurs reprises, pendant que le Boche pique et essaie de se mettre sous la protection du peloton qui vient du nord. Il tire… Quand tout à coup ; crac… son avion est en feu. Il n'a que le temps de virer vers le sud et de larguer en parachute.

            Le combat se poursuit d'une façon assez confuse. Tout le monde y prend part et tire un peu partout. Mais nous n'avons pas la supériorité. Les résultats précis nous les ignorons. Seul le Heinkel 111 a été vu descendu en flammes et s'abattre au nord de Rethel.

(Pendant sa descente en parachute BLANC, a été tiré à plusieurs reprises par des soldats français.)

Le Sous-lieutenant CORDIER a sauté en parachute et PLUBEAU lui-même. En quelques mots il nous raconte son odyssée.

            Après une chute libre volontaire de 3.000 mètres, il s'est retrouvé en territoire français, à 300 mètres des lignes ennemies, la figure et les avant-bras sérieusement brûlés. Recueilli par 2 soldats d'un G.R.D. qui le ramenait vers l'arrière en moto, il fut tout à coup arrêté par une escouade sortie de derrière une meule de foin et malgré ses explications et ses papiers, il fut emmené à pieds baïonnettes dans le dos, jusqu'à un P.C. qui se trouvait à 3 kilomètres de là, où heureusement un chef de bataillon dispersa les trop zélés gardiens, et s'occupa de faire évacuer rapidement PLUBEAU.

            Quelle impression pénible laisse à tous cette journée. C'est tout de suite qu'il nous faut du matériel moderne, des P.40 par exemple, qu'on puisse un peu surclasser les boches. Hier, c'était le spectacle des villes incendiées qui avait impressionné les pilotes ; aujourd'hui ce sont nos pertes et nos difficultés insurmontables.

LUNDI 10 JUIN 1940

            Temps couvert pour changer, ça n'est pas désagréable.

            Et pour ne pas changer, l'éternelle mission sur l'Aisne, mission de protection d'un Potez, sur le secteur Rethel-Attigny-St Loup en Champagne. Nous faisons cette mission à 3 patrouilles. Elle est assez calme ; dès le départ nous restons sept car PUDA nous abandonne avec ses mitrailleuses désespérément muettes et la CHAPELLE a des ennuis avec moteur d'hélice. Intervention puissante de la Flak aux environs de Rethel, attaque d'un Henschel que nous ne poursuivons pas à cause de notre mission, qui en définitive se termine bien puisque le Potez rentre dans nos lignes sans mal… Des Messerschmidt se trouvaient dans les environs, c'est la trois qui les a eus sur le dos.

            Sans aucun résultat de part et d'autre ; ils ont dégagé avant que les nôtres, qui étaient très au-dessus, aient eu le temps de monter à son étage ; après avoir quitté le Potez qui n'avait plus rien à craindre.

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MARDI 11 JUIN 1940

Hier soir, l’Italie a déclaré la guerre à la France… En ce qui nous concerne, nous avons préparé une autre mission de  protection. Hélas chaque jour  nos secteurs de travail se rapprochent un peu  plus du sud. Aujourd’hui,  nous allons travailler avec la trois sur le secteur Reims-Bethenville-Machaultrouviers. Le temps est très bouché. Le plafond discontinu, n’est guère plus haut que 1500 mètres. Rien d’étonnant si au détour d’un nuage nous quittons la trois qui part vers l’ouest , tandis qu’un Potez va vers l’Est.  Nous nous retrouvons entre nous c’est-à-dire :

Lieutenant VINCOTTE, sous-lieutenant CORDIER , sergent chef de la FLECHERE, sous-lieutenant BAPTIZET, sergent-hef DE LA CHAPELLE, sergent-chef POSTA, adjudant TESSERAUD, sergent-chef JAUSSAUD, sergent-chef PUDA.

Nous suivons le Potez dans ses pérégrinations à travers le secteur de Reims à Vouziers c’est-à-dire que nous jouons à cache-cache avec lui dans un décor de nuages et d’obscurité créé par les incendies qui existent un peu partout à Reims et aux environs. Tout s’effectue normalement nous allons rentrer, il est 11 heures 10 et à ce moment voici qu’un Henschel débouche d’un nuage juste devant nous. Il est à 800 mètres…

Je bats des plans mais avant que j’ai fait un signal quelconque pour  attaquer CORDIER part, suivi par tous les pilotes de toutes les patrouilles même la FLECHERE qui me quitte pour avoir la joie de flanquer une giclée au Boche… Pour moi il ne me reste plus qu’à surveiller le ciel tout en suivant le combat. Il est long : évidemment il y a huit pilotes qui tirent et qui se gênent mutuellement. Le boche est naturellement descendu immédiatement en rase-mottes et c’est un spectacle saisissant de voir les gerbes de balles incendiaires gicler sur le sol, dans les blés… N’empeche que s’il étaient moins dessus, ils le descendraient plus facilement… Il n’en est de tout de même pas moins vrai que tout à une fin : même les plus coriaces Henschel. Celui-là près d’Annelles, se pose dans un champ ou il capote, il traverse une route tombe dans un fossé ou il prend feu…Tout le monde rentre… Quand tout à coup voici un autre   « papillon » qui se met littéralement dans les pattes de quelques-uns des pilotes… C’est une autre corrida qui commence et qui se termine encore mal pour le pigeon qui se pose en catastrophe entre les lignes, le mitrailleur tué dans sa carlingue… tandis que quelques Messerchmidt arrivent comme des carabiniers, font une courte apparition au travers des nuages et repartent aussi vite qu’ils étaient arrivés.

Au retour grosse explication entre les pilotes. Le commandant d’Escadrille manifeste son mécontentement d’avoir vu une mélée aussi confuse. J’estime en effet qu’il est absolument inutile de se mettre à plus de xxxx trois ou quatre au maximum pour descendre un Henschel. Le reste est superflu gêne les autres et ferait mieux d’attendre au dessus pour parer à l’éventualité d’une arrivée de Messerschmidts.

Sur neuf pilotes que nous étions, huit ont tiré sur les deux boches.  Eh bien ces deux avions compteront chacun pour quatre…

Malheureusement des bruits bien pessimistes nous parviennent. Depuis quelques jours il était question pour nous d’aller stationner sur un terrain au sud de Châlons  pour être plus près du secteur sur lequel on travaille la plupart du temps… Mais aujourd’hui il est question que nous quittions le terrain pour aller au sud à l’abri de l’avance ennemie. Ce départ serait peut-être très prochain ???.

MERCREDI 12 JUIN 1940

Oui… C’est aujourd’hui que nous quittons Orconte. Chargement des échelons roulants… Tout est terminé au petit jour et, sous la direction du sous-lieutenant JOMBARD les voitures s’ébranlent dans la direction de Pouan-les-Vallées, un patelin assez voisin d’Arcis-sur-Aube.

Le temps ajoute encore un peu de tristesse à celle qui serre tous les cœurs. Un plafond très bas, avec brouillard nous empêche de décoller au petit jour comme nous l’aurions voulu. Le capitaine ENGLER fait un essai de son avion… et du temps… Il ne réussit qu’à nous causer une peur bleue. Il casse son avion à l’atterrissage après l’avoir mis en perte de vitesse à cent mètres de haut… Notre brave capitaine ENGLER est fou de colère… Il accuse la fatigue et il a raison : depuis quelques jours les pilotes sont éreintés fatigue physique causée par le vol et la manque de sommeil. Fatigue morale, et ça se comprend.

Enfin vers 10 heures la brume se lève et on peut partir. Nous nous posons à Pouan sur un terrain qui est en réalité un immense champ pas très bien aplani même. Le camouflage est splendide… Les avions peuvent rouler des kilomètres sans être arrêtés par des fossés… çà et là gisent épars des débris de matériel laissés par les Anglais qui ont  occupé ce terrain pendant l’hiver…

L’échelon roulant qui ne tarde pas à arriver, continue le travail de camouflage que les pilotes ont commencé… et c’est la course au ravitaillement et au logement sous une pluie battante, dans une boue bien gluante. Finalement le soir amène une solution à tous les problèmes les avions sont à l’abri, emmitouflés dans leurs housses et le personnel est tant bien que mal logé…

Comment va-t-on pouvoir travailler sur un terrain aussi mal aménagé ? Pas de P.C. pas une ligne téléphonique… Le village à trois kilomètres… Mais il paraît qu’on ne resterait pas très longtemps là.

JEUDI 13 JUIN 1940

Ce que je disais hier au soir s’est confirmé aujourd’hui même :  Nous devons quitter Pouan  pour rejoindre Auxerre.

Nous y arrivons pour avoir la stupéfaction de trouver deux groupes de chassé déjà installés sur un terrain où le camouflage paraît être une douce illusion, et où la longueur de la piste, qui rappelle à TESSERAUD des souvenirs bien tristes, oblige quelques pilotes à remettre prudemment la gomme. Ca va être gai… mais là encore il paraît que cette solution n’est que provisoire…

En attendant,  les mêmes problèmes qu’hier se posent avec la même angoisse et ces problèmes n’ont rien à voir avec la tactique aérienne Il s’agit simplement de la nourriture et du logement des gens. Tout le personnel pilote s’en occupe, tant qu’on attend l’échelon roulant qui sur les routes si encombrées, en doit pas battre des records de vitesse. Quelques pilotes  coupent à la corvée… Je parle de TESSERAUD et de la FLECHERE qui sont partis en Phalène à Orconte pour y rechercher deux avions qu’on avait du laisser et pour en incendier un qui n’est pas en état de voler…

Encore une fois le soir tombe et voit tous les problèmes résolus notre philosophe (j’ai nommé JAUSSAUD) prétend avoir remarqué très nettement que la compréhension des gens s’accroît proportionnellement avec leur pétoche…

VENDREDI 14 JUIN 1940

Une mission nous est demandée très tôt dans la matinée. Mission de chasse libre sur le secteur Troyes-Romilly. (comment ?… Ils y sont déjà ??) C’est vraiment de la chasse libre car depuis le départ d’Orconte, nous ignorons absolument   ce qu’e c’est qu’un voiture radio Décollage à  9 heures c’est la trois qui mène la danse, les 3 patrouilles de l’Escadrille se contentent de suivre le mouvement… Temps très crasseux, toujours au dessous des nuages, à I.000 mètres au plus ce qui nous permet, sinon de voir l’ennemi, du moins d’être sérieusement encadré par la petite Flac à  Romilly.

Nous rentrons à Auxerre bredouilles, pour déjeuner et apprendre que nous devons repartir pour…Nevers. Heureusement nous n’avions pas pris la peine de décharger l’échelon roulant… Il est près à partir en un temps record.

 Quand aux pilotes, ils arrivent à Nevers comme des chiens dans un jeu de quilles. On ne nous attendait pas… Enfin nous avons le loisir d’admirer du beau travail… Dans un coin de la piste on met la dernière main à un superbe Koolhoven, qui ne volera probablement jamais…

Et nous attendons l’échelon roulant pendant que quelques pilotes repartent à Auxerre chercher des Curtiss que le commandant VILLARS nous a demandé d’emmener avec nous. C’est tout le centre de répartition des Curtiss qui doit déménager et il n’y a pas de pilotes  pour emmener les avions. CORDIER, DE LA  FLECHERE, et DE LA CHAPELLE sont du voyage et ramènent des avions qui n’ont rien à voir avec les nôtres et qui ne sont pas tous en ordre de vol. Nous sommes dans une situation vraiment privilégiée, qui nous aurait bien plu quelques semaines plus tôt :  en comptant l’état-major du Groupe qui vole à l’escadrille,  nous sommes en ce moment treize et nous avons  seize avions.

Décidément les jours se suivent et se ressemblent, car il paraît encore une fois que notre passage à Nevers n’est que provisoire.

 Toute l’aviation française va se replier derrière la ligne de la Loire.

Là au moins  nous serons en sécurité  et nous pourrons faire du bon travail sans être obligé de changer de terrain tous les jours. Le lieutenant VINCOTTE part, sur l’ordre  du commandant de Groupe, à Avord où il doit reconnaître notre nouveau terrain définitif… Ce sera le terrain du Dun-sur-Auron où  nous irons nous poser demain…

Mais en attendant, quelle comédie pour réussir à trouver un gîte : la ville est pleine de Parisiens qui payent certainement très cher, tandis que nous… Encore une fois tout s’arrange… mais au prix d’une peine qui est accrue à chaque nouveau changement.

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SAMEDI 15 JUIN 1940

Le début du jour nous retrouve tous au terrain, avec des ordres de mission pour la journée : il s’agit, pour ne pas changer, de protéger une reconnaissance exécutée par un Potez du GRI/I4 qui est justement stationné sur le même terrain que nous, ce qui, évidemment facilite les liaisons entre protecteurs et protégés. Le départ doit avoir lieu vers 11 heures.

 Mais voilà que tout à coup, sur ce terrain endormi, les sirènes déversent leur chanson monotone, ce qui signifie simplement que peut-être un avion qui vole quelque part va entrer dans le département de la Nièvre. Le terrain alors se réveille. C’est formidable. De tous les coins de tous les bureaux, du moindre atelier, sortent des gens pales et décomposés qui ont le « trouillomètre »  coincé. Tout ce monde s’engouffre dans des voitures, dans des camionnettes qui partent à toute allure dans la campagne environnante. C’est un rush infernale dans lequel le colonel (mais qu’est ce qu’il commande celui-là) donne le plus bel exemple de courage et d’audace en montant précipitamment dans sa voiture qui était déjà sous pression. Quelle pitié. Nos hommes, qui sont en train de préparer les avions pour la mission de tout à l’heure en riant. Quelle leçon ne donnent-ils pas à ces officiers ra indignes ? Pour ma part j’aurai s plutôt envie de pleurer…

Enfin nous partons à 11 heures. I0. Le lieutenant VINCOTTE emmène les trois patrouilles de l’Escadrille qui sont suivies de deux autres patrouilles de la trois. Le Potez décolle en même temps que nous. La protection ne sera pas bien compliquée à se dérouler. Nous devons travailler sur le secteur de Troyes-Romilly, en principe à 3.000 mètres. Aussi commençons-nous par prendre un peu d’altitude dès le décollage, en entraînant notre Potez, mais à peine sommes-nous à Auxerre que nous sommes déjà au dessus des nuages. Nous commençons à descendre en traversant une très légère couche. Tout le monde se retrouve au dessous… Tous le monde sauf le Potez qui d’ailleurs, depuis quelques instants, paraissait rester à la traîne, à hauteur de la dernière patrouille et non pas près de la première comme nous le lui avions demandé.

Nous continuons décidés à faire la mission même en l’absence du Potez. Nous survolons Troyes qui paraît bien calme malgré plusieurs incendies. Nous longeons la Seine, vers l’Ouest à I. 200 mètres d’altitude. Temps très crasseux ; nous n’avons rien à craindre en fait de danger aérien. A Romilly, le spectacle change. Nous ne faisons violemment prendre à partie par la petite Flak ; tandis que nous pouvons observer l’occupation complète de la ville, où il  paraît y avoir un grand nombre de prisonniers. Quelle pitié… Nous remettons le cap vers le sud. A une vingtaine de kilomètres de Romilly, nous observons une colonne d’engins blindés (environ une centaine) qui s’arrêtent à notre passage et qui nous envoient quelques obus de tout calibre. Comme ils avancent. A quelques kilomètres de là, sur le grande route nationale, c’est une caravane immense de réfugiés qui encombrent les routes sur lesquelles il devient impossible de faire avancer des renforts. Nous rentrons, le cœur triste devant notre propre impuissance à faire quoi que ce soit. Nous survolons maintenant Saint-Florentin-Germigny. Nous sommes toujours à environ I.000 mètres. Mais quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Nous sommes encore tristes. Ca c’est trop fort ? Comment sont-ils déjà là ? Mais le fait est là, brutal et nous n’avons pas le temps de nous appesantir et de trop réfléchir.

Nous rentrons. Notre mission ne nous a rien rapporté : de la CHAPELLE a failli rentre r dans un Dornier, au milieu des nuages. Quelques pilotes ont été touchés par la Flak : en particulier le même de la CHAPELLE a reçu une balle dans son avion qui a percé un réservoir ; elle est sortie en effleurant son pied, lui a frôlé la main et est sortie de l’avion en étoilant le pare-brise.

Quant au Potez, que nous avions perdu, il a fait la mission protégé par la dernière patrouille (commandée par CASENOBLE, de la trois). Il nous avait perdu, au moment où nous étions passé au-dessous des nuages. Les renseignements qu’il rapporte, coïncident parfaitement avec les nôtres. C’est heureux.

Nous nous posons pour repartir presque immédiatement pour Dun-sur-Auron. Toujours la même comédie des avions qui ne nous appartiennent pas et que nous traînons avec nous. Au cours de notre déplacement  a suivi, pendant quelques temps, deux avions douteux, et les a perdus. A peine posés, cinq pilotes repartent à Nevers et ramènent les avions du commandant VILLARS dont deux sont dans un état pitoyable, réservoir crevé, trous un peu partout.

Dun : nous commençons par nous installer. L’échelon roulant a bien suivi, le terrain n’est pas merveilleux, mais le camouflage s’avère très facile à réaliser. Les deux Escadrilles sont assez éloignées les unes des autres et les bois, dans lesquels elles sont logées, sont à environ I.500 mètres de la piste d’envol. Aucune installation naturellement sur le terrain si ce n’est une grande baraque qui servira de P.C. pour le Groupe.

Nous logeons dans le patelin, nous y sommes très bien reçus. JAUSSAUD prétend que ce n’est pas étonnant : Dun est, en effet, une ville de fous.

DIMANCHE 16 JUIN 1940

Journée infiniment triste pour le Groupe : le commandant BORNE n’est pas rentré.

Nous avions commencé à utiliser cette journée de temps plutôt crasseux  en continuant le camouflage et l’installation des Escadrilles. Travail assez pénible d’ailleurs, car nous n’avons un peu près rien à notre disposition. Xxxxxxx En fin de matinée on nous annonce une protection.     Les ordres complémentaires viendront plus tard. Il est vrai que nous ignorons qui nous devons protéger, le secteur, et l’heure… C’est beaucoup d’inconnue .

Vers midi, les officiers se retrouvent au restaurant où nous prenons nos repas. Le Commandant BORNE préside, assisté du Commandant ROZANOFF. Le capitaine ENGLER n’est pas là… Il essaye de dépanner le lieutenant URVOIS qui  commence à ne plus rien avoir à donner à manger aux hommes et qui est allé faire un tour à l’Intendance de Bourges… Le déjeuner se poursuit. Je ne peux pas dire qu’il est d’une gaieté folle… Tout à coup un gendarme casqué et botté, entre dans la salle et demande à parler au commandant BORNE. Il lui présente un papier. C’est un ordre de désigner un officier qui doit partir faire une reconnaissance à vue sur Curtiss dans la région de Châtillon-sur-Seine. Le commandant a lu cet ordre avec calme il a remercié le gendarme. Il s’est alors tourné vers nous et a dit : « C’est moi qui ferait cette mission ».. J’ai protesté, mais le commandant m’a répondu que j’avais à m’occuper de la protection. Le commandant ROZANOFF a protesté aussi, il demanda de prendre au moins part à cette mission en disant qu’à deux la mission serait moins difficile ; mais notre commandant de Groupe fut inexorable. Il prit la décision de partir à l’heure et fit activer son déjeuner. Il se fit conduire avant nous au terrain et quand nous-mêmes y arrivions, il décollait justement.

Il n’est pas rentré.. Les heures ont passé, sans que nous apprenions quoi que ce soit de lui. Sa mission devait normalement durer deux heures environ. Pourquoi avons-nous tous l’impression que nous ne le reverrons jamais plus ?

Successivement arrive un ordre concernant la protection que nous avons à faire, puis un ordre plus délicat à exécuter et qui tombe parmi nous comme un coup de tonnerre. Ordre est donné de rejoindre Oran dans les délais les plus courts par la voie des airs.. Incompréhensible.

Il est près de 5 heures. L’ordre de départ annulait en même temps les missions prévues : la protection et aussi la reconnaissance. Il faut réunir tout le monde pour expliquer la raison de l’effort nouveau qu’on va exiger, ça va être gai.. Pas question que l’échelon roulant, qui doit obligatoirement se grouper à Marseille, fasse la route en colonne : il y a trop de diversité dans les véhicules.. Des vivres ? on ne peut pas en donner il n’y en a peu près pas. Les voitures sont chargées en vitesse, des cartes sont distribuées et les itinéraires sont expliqués par le lieutenant JOMBARD à tous les chauffeurs et chefs de voiture.

Ensuite nous n’avons plus qu’a donner notre bénédiction.. Quand reverrons-nous tous ces soldats ? et ou ? Il y’a une sorte de tristesse qui plane sur tous ces départs individuels.. Et toujours l’idée du commandant de groupe qui n’est pas rentré. L’échelon volant ? Le commandant  ROZANOFF a décidé qu’il ne partirait que le lendemain, à l’aube.. Quelques mécaniciens resteront avec nous, ainsi que le docteur HARDEL, et le lieutenant JOMBARD.. Ils partiront au dernier moment, en légère et dans l’autobus du groupe..

Triste soirée passée dans ce pays de fous ou quelques types sont plus bêtes qu’il est permis de l’être : n’ont-ils pas failli écorcher vif le lieutenant GUILLOU qui se promenait avec une voiture de l’Escadrille, qui en souvenir du mitraillage du 12 mai, portait des croix gammées sur les traces de balles ? Il a eu toutes les peines du monde à expliquer qu’il ne faisait pas partie de la cinquième colonne, et a du faire appel au bon sens du commissaire de police pour se débarrasser de ces énergumènes; Inouï…

LUNDI 17 JUIN 1940

Nous avions décidé de partir ce matin au petit jour, mais malheureusement au lever (qui d’ailleurs fut assez pénible pour quelques-uns et en particulier pour le commandant d’Escadrille), il y’avait une brume très épaisse dans la région.. Inutile d’essayer de décoller. Nous voici donc dès 5 heures, sur le terrain que nous arpentons, en jetant un coup d’œil sur nos avions dont il va falloir abandonner quelques-uns tout à l’heure. Nos mécaniciens sont maintenant partis.. Il ne reste plus que les pilotes : 22 au groupe dont 12 à l’Escadrille. Les ordres sont vite donnés, on commence à avoir l’habitude. On doit rejoindre Bordeaux par patrouilles simples. Les chefs de patrouilles ont à peu prés tous des cartes. Les équipiers n ‘ont qu’à suivre..

Chez nous les patrouilles sont ainsi constituées :

Lieutenant VINCOTTE, sous-lieutenant CORDIER, sergent DE LA FLECHERE, sous-lieutenant BAPTIZET, sergent-chef JAUSSAUD, sergent-chef POSTA, adjudant TESSERAUD, sergent-chef DE LA CHAPELLE, sergent-chef PUDA, sous-lieutenant FAUCONNET, lieutenant HLOBIL, capitaine ENGGLER.

Je ne cite le capitaine ENGLER que pour mémoire, car il est bien entendu que, comme toujours, il partira seul le dernier comme serre-file. Il aura du travail, un travail particulièrement  pénible puisque c’est lui qui mettra le feu aux avions que faute de pilotes, nous serions obligés d’abandonner.

Nous attendons.. Attente pénible à surveiller si l’arbre voisin à l’air de se dégager un peu de la brume.. Nous faisons les cent pas sur la route ou le flot de réfugiés ne paraît pas se calmer. pauvres gens, qui ne savent souvent pas ou ils vont.. Ils nous demandent de l ‘essence, c’est facile. Il en reste pas mal dans les avions que nous abandonnons et aussi dans un vieux Bloch-210 qui, à moitié cassé, attend la mort dans un coin de la piste..

Défilé des réfugiés.. mais aussi de soldats fuyards dans les tenues les plus invraisemblables.. Quelle pitié.. On en voit un qui avait naturellement abandonné son fusil et qui portait son paquetage sur une brouette.. Mais oui monsieur, sur une brouette.. Il n’a pas continué longtemps d’ailleurs, car le capitaine ENGLER lui a rappelé, en termes non voilés le respect les plus élémentaires..

L’attente continue.. énervante et vaine ; on n’a aucune idée sur la position des Boche. On-ils largement dépassé la Loire ? Hier soir nous savions qu’ils essaient à la Charité.. Va t’on les voir tout à coup déboucher sur la route ? Il est entendu que dans cette éventualité nous décollons coûte que coûte...

Enfin vers 11 heures, la brume est un peu levée et l’on peut estimer qu’on a des chances d’arriver à Bordeaux si, sur le parcours, le temps n’est pas plus mauvais. Il est bien entendu que dans ce pays de malheurs nous n’avons aucun renseignements météo. La trois part, commandant ROZANOFF en tête, les patrouilles disparaissent très vite dans la crasse. Et maintenant, c’est à notre tour de décoller. Suivi de mes équipiers, je fais un tour de piste pour permettre le regroupement de l’Escadrille.. Oh ironie du sort ! A peine la deuxième patrouille est-elle décollée qu’elle me perd de vue dans le brouillard. Le voyage sera donc entièrement individuel. CORDIER, DE LA FLECHERE et moi, nous fonçons en rase-mottes obligés en essayant de contourner les bois ou la crasse touche les arbres.. Parois, notre droite ou à notre gauche, apercevons-nous une patrouille amie qui tout de suite nous est cachée par un repli de terrain. Nous sommes maintenant au-dessus du terrain de Châteauroux ou il était entendu que nous nous poserions s’il paraissait dangereux de continuer. Le terrain ne paraît pas très sympathique avec pas mal d’avions posés sur le gésier.. Non décidément il me paraît préférable de continuer. Ce n ‘est même pas la peine de faire un tour de piste.. nous continuons en direction de Poitiers qui, comme Châteauroux, doit servir de relais, si besoin est …

Le temps devient de plus en plus crasseux, nous suivons la voie ferrée au ras des arbres. Un moment d’émotion quand tout à coup je vois surgir devant nous une patrouille qui a du faire demi-tour. Pour l’éviter, je fais un virage à droite très peu accentué pour ne pas faire valser mes équipiers dans les nuages. Enfin tout se passe bien. Quels sont donc ces avions qui suivent la même route que nous et qui toutefois ne sont pas des Curtiss ? Nous allons un peu plus vite qu’eux. Nous les rattrapons pour les voir se poser sur le terrain de Poitiers qui, lui, est presque parfaitement dégagé. Ce sont des Blochs.. De quel groupe ? Je n’en sais rien.. C’est inutile de se poser ici. Autant continuer. Nous avons vraiment l’impression que le plus difficile est maintenant fait..

Le ciel est dégagé de plus en plus au fur et à mesure que nous nous approchons du Midi. Nous sommes bientôt à Bordeaux, mais avant de se poser, il faudra contourner un immense orage avec éclairs et tout le tremblement qui se trouve au-dessus de la ville. La piste est toute trempée quand nous nous posons dessus.. Tout va bien, nous n’avons plus qu’à éviter de rentre dans un Léo  répandu sur le terrain et aller nous garer auprès de quelques chasseurs qui sont là.. Mais tiens, tiens, il n’y a pas beaucoup de camarades du groupe 2 /4 ici. Nous sommes les premiers. Bravo mes équipiers, vous avez bien collé. Il faut attendre un certain temps avant de voir se poser le lieutenant GIRARD sans ses équipiers, puis pour l’Escadrille TESSERAUD sans ses équipiers aussi ; FAUCONNET qu’a perdu dans les nuages le lieutenant HLOBIL et le capitaine ENGLER, qui parti seul de Dun, arrive seul à Bordeaux. Tous ces clients ont fait le voyage d’une seule traite.. Bientôt arrive le gros, les gens qui ont préféré se poser en route.. Ils étaient juges et bons juges.

A Bordeaux, ravitaillement des pilotes et des avions dans une atmosphère très pénible. Quelques nouvelles nous arrivent de l’extérieur et ne sont pas très gaies.. Quoi ? L’Armistice ? On entend pour la première fois parler d’Armistice. J’avoue que pour ma part et je pense que tous les pilotes pensent à peu prés comme moi, qu’après ce que nous avons vu à Auxerre, à Nevers et surtout ce matin à Dun-sur-Auron, rien ne peut plus m’étonner.

Mais il faut penser à nos avions dont le plein est vraiment difficile à faire. Un sel satham pour environ trois groupes de chasse au complet. Nous attendons et nous voyons tout à coup débarquer d’un superbe Simoun le brave de la CHAPELLE qui a eu des ennuis avec sa roulette de queue qu’il a cassée en se posant à Châteauroux, non pas sur le terrain militaire comme son chef de patrouille TESSERAUD, mais sur le terrain de Bloch… Pourquoi n’avait-il pas fait comme tout le monde ? Ca nous ne le saurons jamais. Toujours est-il qu’il se trouvait un peu gêné avec une béquille cassée.

Mais il réussit à resquiller une place dans un Goéland jusqu'à Poitiers, puis une autre place dans un Simoun d’où nous le vîmes débarquer, tout content de soi.

BAPTIZET, avec JAUSSAUS et POSTA, avaient fait demi-tour sur la foret de Châteauroux et après avoir croisé notre patrouille essaient venus se poser à la Martinerie ou étaient venus les rejoindre, pour des raisons analogues, le commandant ROZANNOF, TESSERAUD, PUDA et le lieutenant RLOBIL qui avait perdu son chef de patrouille, FAUCONNET.

Mais tout finit par arriver et les pleins qui se font lentement mais sûrement, nous permettent d’espérer que deux patrouilles vont pouvoir décoller et arriver à Perpignan avant la nuit.

C’est ainsi que le lieutenant VINCOTTE avec CORDIER et de la FLECHERE d’une part, TESSERAUD, PUDA, POSTA, FAUCONNET et RLOBIL d’autre part, quittent Bordeaux et arrivent d’un seul coup d’aile à la Salanque, d’où d’ailleurs on les expédie à Labanère, en prétextant qu’il y’a trop d’avions sur la piste de la Salanque. C’est d’ailleurs bien vrai.. C’en est même effarant de voir tous ces groupes entiers bien alignés, cible parfaite pour un bombardement quelconque.

MARDI 16 JUIN 1940

Le matin, nous quittons le terrain de Labanère ou nos avions avaient passé la nuit pour rejoindre la Salanque ou nous retrouvons tous ceux que nous avions laissés à Bordeaux. BAPTIZET et JAUSSAUD ont passé la nuit à Toulouse ou est venu les retrouver DE LA CHAPELLE qui a trouvé le moyen de dégaucher un Curtiss tout neuf.

Nous attendons les ordres que le général d’Harcourt lui-même donne. Nous ne devons passer en Afrique du Nord qu’en unités constituées et naturellement en ordre. Les groupes vont  donc partir les uns après les autres, en principe guidés par des avions de reconnaissance Bloch ou Potez. , En ce qui nous concerne, le commandant ROZANNOF qui a bien l’intention d’emmener tout le groupe, ne veut pas entendre parler d’escorteur et, pour ma part, je trouve qu’il a parfaitement raison. Ca risque simplement de mettre la pagaie là où on en a pas besoin. Et traverser la Méditerranée avec des Curtiss n’est tout de même pas un tour de force extraordinaire. Quoiqu’il en soit, nous ne partirions certainement pas demain, car la question des pleins est une fois de plus à l’ordre du jour. Un seul Satham pour tous les avions qui sont sur la piste et ils sont bien nombreux. En attendant, nous repassons une deuxième nuit à Perpignan, qui n’a sûrement jamais vu autant d’aviateurs dans ses murs.

MERCREDI 19 JUIN 1940

Ce n’est pas encore aujourd’hui que nous partirons, mais il y’a un petit progrès depuis hier : les pleins des avions sont faits et même nous avons trouvé un spécialiste électricien qui a remis en état quelques tableaux de contrôle qui ne pouvaient pas supporter d’être laissés aussi longtemps sans soins. Tout est donc paré pour demain. Les cartes ? Elles sont inexistantes. Quelques pilotes ont un vague schéma de la Méditerranée qui a été tiré photographiquement en plusieurs exemplaires. Nous travaillons sur cette carte pour préparer la navigation. Elle sera très simple. Cap  160 pendant 20 minutes, puis cap 190 pendant 0 heures 55, pour éviter les Baléares ou, paraît-il, il y a des Messerschmitt ; puis cap 200 pour tomber volontairement un peu à l’est d’Alger.

Car c’est à Alger que nous allons. Il était fortement question d’Oran, quelques groupes y sont allés, mais je ne sais d’ailleurs pas pourquoi. Le commandant a décidé que maintenant, tout le monde irait à Alger. Avec l’égoïsme qui nous caractérise, il faut avouer que nous pensons beaucoup plus à la traversée, au pays nouveau que nous allons voir qu’à tout ce qu’on entend à la radio.

Tout cela est si triste qu’il est bien préférable de n’y pas penser. Et nous n’avons plus qu’a nous préparer à passer une troisième nuit à Perpignan.

Nous avons donc traversé la Méditerranée aujourd’hui et tout s’est très bien passé comme c’était à prévoir.

Et cependant ce fut, comme le fait remarquer avec une douce ironie notre sympathique JASSAUD, un voyage entrepris sans grande préparation et qui dut faire frémir les derniers défenseurs de la paperasserie française. Un voyage accompli sans ordre de mission établi plus d’un mois à l’avance sans discrimination entre pilotes confirmés et équipiers fraîchement sortis des écoles.

Nous avions donc adopté la formation suivante : Le commandant ROZANOFF en tête.. Tout seul.. Qui assurait la navigation. Et puis toute la trois , emmenée par GIRARD. Derrière c’était l’Escadrille, composée traditionnellement de quatre patrouilles : Lieutenant VINCOTTE, sous-lieutenant CORDIER, sergent-chef de la FLECHERE, sous-lieutenant BAPTIZET, sergent-chef JAUSSAUD, sergent-chef POSTA, adjudant TASSERAUD, sergent-chef de la CHAPELLE, sergent-chef PUDA, sous-lieutenant FAUCONNET, lieutenant HLOBIL, capitaine ENGLER. A 6 heures, nous décollons donc, les avions sont chargés à bloc ; Plein d’essence et aussi plein des bagages, la plupart d’entre nous n’ont pas manqué de prendre un fort casse-croûte pour la traversée qui seras certainement monotone.

Temps couvert au début du voyage, nous sommes à cent mètres au-dessus de la mer qui est d’ailleurs fort calme. Au bout de vingt minutes nous changeons de cap : 30 degrés de plus vers l’Ouest. Nous avons déjà perdu la côte de vue. Plus un seul bateau. Plus rien que 27 avions qui filent au ras des vagues. 27 avions. Car aux avions du Groupe se sont joints, au dernier moment, cinq avions appartenant à des Groupes qui ont  déjà traversé. Parmi ceux-ci le sympathique capitaine OBYRNE, qui sort de l’hôpital avec une main assez esquintée.

Au bout d’une demi-heure, le plafond a l’air de s’éclaircir un peu. Le commandant ROZANOFF fait signe qu’il va passer au-dessus. Tout le monde le suit et bientôt nous nous retrouvons à 3.000 mètres en plein soleil, au-dessus d’une superbe mer de nuages parsemés de quelques trous. La mer paraît merveilleusement noire. Ces nuages deviennent très vite de plus en plus rares. Tout à coup nous percevons au loin, à l’extrême horizon, une ligne plus sombre ; Ce sont certainement les Baléares. Effectivement quelques minutes plus tard, nous percevons Majorque que nous laissons à notre droite. Nous surveillons attentivement le ciel. Et si ce qu’on nous avait dit au sujet des Messerschmitt se révélait exact. Eh bien non, ce n’est pas aujourd’hui que nous livrerons notre premier combat au-dessus de la mer.

Nous avons maintenant dépassé les Baléares. Nous n’avons plus qu’à attendre d’apercevoir les côtes d’Afrique. Nous continuons de filer à belle allure de croisière. Le spectacle de tous ces fiers avions est vraiment saisissant. Parfois nous nous comptons, c’est assez difficile car nous nous suivons à des distances assez grandes. J’ai l’impression que le commandant ROZANOFF est souvent à cinq kilomètres de moi en avant et les derniers sont aussi loin an arrière. Mais comment se fait-il que chaque fois que je compte les avions, il en manque toujours trois ? Et ces absents ont l’air d’appartenir à l’Escadrille. J’ai même bien l’impression, d’après les places que nous occupons, que c’est la patrouille de TESSERAUD qui manque à l’appel. Enfin nous verrons bien.

Et voici enfin la côte d’Afrique. C est en premier une ligne plus sombre que nous percevons. Puis des montagnes et finalement nous voyons se dessiner le bord de la mer. Il est 10h.30 ; C’est bien ce que nous avions prévu. Nous essayons de nous reconnaître. Eh. Eh..

Nous avions bien fait une erreur volontaire pour être sur de nous retrouver à l’est d’Alger. Mais nous sommes vraiment loin, il est probable que nous avons eu une dérive assez forte, et je crois en outre que nous avons tort de nous imaginer que les compas des Curtiss n’ont pas besoin de compensation. Toujours est-il que nous sommes entre Bougis et Port-Suedon. Prés de 30 minutes au cap plein ouest et nous survolons Alger-La-Blanche à 11heures. Un petit tours sur la ville s’impose. Pour la plupart d’entre nous c’est la première fois que nous voyons l’Afrique du Nord et la vue aérienne de la ville est saisissante. Nous sommes posés à 11h15.

Mais effectivement, la patrouille de TESSERAUD n’est pas là. Nous l’attendons impatiemment. J’avoue que je ne suis pas très rassuré. J’étais au mess quand enfin ils arrivèrent et vous croyez qu’ils auraient prévenu quelqu’un ? Ce qui fait que c’est tout à fait par hasard et commençant à redouter la grande catastrophe, que j’ai appris qu’ils étaient arrivés enfin. TESSERAUD avait préféré continuer à naviguer au-dessous des nuages. Quand enfin il était repassé au-dessus, il n’avait plus retrouvé personne.. Il était passé si à l’est des Baléares qu’il ne les avait même pas vues. C ‘est à la portée de tout le monde de retrouver les côtes d’Afrique. Ne sachant pas du tout ou il se trouvait, il avait commencé à aller vers l’est. Et heureusement, sur le terrain de Philippeville, le nom est inscrit. C’est ce qui lui permit de se repérer. Une heure de plein ouest et il trouvait Alger. C’était grand temps car les réservoirs étaient presque complètement à sec.. Mais à part ça ; TESSERAUD et DE LA CHAPELLE n’étaient pas mécontents de leur petite attraction-surprise.. Et pourtant il n’y a pas de quoi être fier..

VENDRDI 21 JUIN 1940

C est à Meknès que nous allons échouer. Hier après-midi notre sort s’est joué dans le bureau du général commandant les forces d’Afrique du Nord. Le général d’HARCOURT, qui avait traversé le pays à bord d’un D.-520, était présent. Nous avons « touché » du matériel  type pays chaud : quelques paires de chaussettes blanches, une couverture, un bidon de deux litres..

Nous devons décoller pour Oran dans l’après-midi. Nous devons partir à 16 heures. Tout le monde est là, sauf de la FLECHERE qui s’était littéralement volatilisé.. On le cherche partout. Tout le monde décolle, sauf le lieutenant VINCOTTE et le sous-lieutenant CORDIER qui continuent les recherches, sans aucun succès d’ailleurs. Finalement ils partent tous seuls en laissant l’avion de la FLECHERE sous bonne garde et en donnant des instructions pour qu’à aucun prix il ne nous rejoigne tout seul. Les expériences de navigation ont déjà failli nous coûter assez cher.

Grand coup de rase-mottes sur la côte, jusqu’à Oran ou nous retrouvons le groupe au complet.

SAMEDI 22 JUIN 1940

Dernière étape : Oran-Meknès. DE LA FLECHERE manque encore à l’appel, mais nous avons été rassurés par un coup de téléphone sur son compte. Il nous attendait en ville. Encore une histoire de brigands que je préfère ne pas essayer d’éclaircir, mais le commandant de Groupe n’est pas très content et j’ai toute les peines du monde à le faire sourire.

Nous quittons donc Oran vers 9 heures avec les dernières recommandations du capitaine ENGLER qui a sur nous l’avantage de connaître la région. Ces conseils se bornent d’ailleurs à nous recommander en cas de panne en campagne, de casser la voiture la voiture prés d’une route plutôt que de la poser intacte en plein bled. Nous faisons donc connaissance avec les paysages plus ou moins désertiques. Après quelques minutes de vol, nous sommes au-dessus du Maroc.

Oujda.. et puis Taza; un spectacle saisissant, c'est la ville de Fès vue de mille mètres d'altitude : de la verdure et de l'eau au milieu du sol jauni et brûlé.. Enfin c'est Meknès, impression d'une ville de l'Orient… J'avoue que je n'y suis jamais allé. Un grand tour sur la ville éblouissante de blancheur sous le soleil de midi. Nous nous posons sur le terrain après 2h.20 de vol à 12h.50.

            Encore quelques tours d'hélice et, malheureusement, nous avons tous l'impression que nos fiers taxis ne voleront plus tout de suite.

MARDI 25 JUIN 1940

            La guerre est terminée. La nouvelle arrive, effarante. Nous ne pouvons réaliser. Cette catastrophe est telle qu'on ne peut pas en saisir la grandeur.

 

 

 Juillet 1940