VENDREDI 3 MAI 1940

            Après le beau temps, la pluie. Et la pluie qui tombe en gouttes serrées et qui a complètement détrempé le terrain, un vrai marécage, 400 mètres de grilles autour des soutes en permettent heureusement l'accès. Et le desserrement, ce cher desserrement, se poursuit. On fait des saignées dans le bois, on construit des routes (n'est-ce- pas LANCON). Et surtout on élève un nouveau P.C. d'Escadrille en plein coeur du bois: P.C. perfectionné avec couchettes de repos; murs à double paroi de carton pour l'hivers et un bar "maison" dont la CHAPELLE s'occupe (il trouve sa voie). Pour le bar, le lieutenant VINCOTTE est allé lui-même chercher des verres à la verrerie de Porcieux. Il les a amoureusement choisis "penchés".

            Les poètes contemplent la nature qui commence à se réveiller de l'engourdissement de l'hivers. Le bois n'est plus qu'un immense éclatement de bourgeons, et le coucou n'arrête plus de chanter. Quant à JAUSSAUD il fait des vers... les voici :

 

SATIRE D'ESCADRILLE

-:-:-:-:-:-:-

Muse des palais infernaux

Evadez vous des tribunaux

En descendant Pluton en vrille,

Venez danser autour de moi

Pou m'aider à chanter les joies

de l'Escadrille

 

Coups de griffes sans méchanceté,

Touches rapides de fleuret

Mouchant tantôt l'un, tantôt l'autre

Faut tout prendre sans se fâcher

La rosserie c'est bien Français

Voici les nôtres.

 

Au lieutenant VINCOTTE, primo

Et qui a nominor léo

Comme lui-même sait bien le dire

Il a beau faire des "nom d'un chien"

De sa voix d'ogre. Poucet sait bien

Le faire sourire.

GIRARD, le « commandant en second »  

Un paillard de grande maison

Fait passer le temps quand on s'ennuie

Mais, quand sur le Dornier; il a plus qu'à

Tirer un coup pour le foutre en bas

Il photographie.

 

Le lieutenant HLOBIL et PUDA

Avec leur Herzegovins

Pour se venger, viennent en Cœurs

Ils sont chez nous, chez vraiment

Et nos cœurs cognent mêmement

Dans l’espérance

 

Nous avons tout, même un pipelet,

L’intarissable DUPERRET,

Au timbre harmonieux de vierge.

Qui affectionne ses papiers

Comme le sont les quittances de loyer

Pour ma concierge.

 

Y'en a qui ne peuvent supporter

De voir une queue sans la couper

(Dans certains cas ce n'est pas lâche)

Faudrait pas croire que BAPTIZET

Au sécateur fut baptisé

Ce serait vache.

 

Le flegme anglais, ça peut fort bien

Cacher un coeur très parisien

Car voilà not" FAUCONNET Pierre,

Ca me rappelle le bon vieux temps

Où il faisait le chat fuyant

Dans les gouttières.

 

A Air-France on a étudié

Des tas de problème très compliqués

Quel difficile apprentissage.

Et l'on parvient, ça c'est très beau,

N'est ce pas CORDIER à faire sur le dos

L'atterrissage.

 

L'aviateur de tous les temps

Par son courage fut le Don Juan

Auquel les femmes s'abandonnent.

Sans jalousie, nous vous livrons,

Mesdames, le PLUBEAU fleuron

De notre Couronne.

 

Emule cinglant de Cyrano,

A droit' à gauche, TESSERAUD

Ne ménage pas les coup de trique,

Mais voyez-vous ce qui y a de navrant

C'est qu'on ne sait pas le plus souvent

Quelle mouche le pique.

 

Il n’y a pas encore longtemps

On l'appelait l' cintré volant.

Nique à la mort, têt' sans cervelle,

D'un zinc en feu, il a montré

Qu'on peut se jeter sans passer

Par la CHAPELLE

 

Quand la FLECHERE aura grandi

Et qu'il se sera dégourdi,

C'est une chose qui vient avec l'âge.

Il prendra beaucoup plus d'aplomb,

Faut pas se frapper, c'est une question

De pucelage.

 

Et je vous vois tous rigoler

Vous vous dites, qu'est ce qui va passer

A la dernière tête de bille,

Celui-là, je vous en fait cadeau

Vous pouvez même traiter JAUSSAUD

De fou de l'Escadrille

 

Tout cela, c'est rosse vraiment,

J'ai terminé, et cependant

J ne retire pas mes taquineries

En Escadrille il faut savoir

Supporter tout sans s'émouvoir

Pourvu qu'on rie.

 

MERCREDI 8 MAI 1940

            Peu d'activité aérienne malheureusement. Et TESSERAUD s'en plaint amèrement. Quelques essais avion. Quelques vols au profit de la D.C.A. qui veut faire des exercices de visée, ou au profit du G.A.O 533 qui veut entraîner ses mitrailleurs.

            Le Dimanche 5 Mai, tandis que la pluie tombe au dehors, PLUBEAU, heureusement remis sur pieds, arrose son galon de sous-lieutenant.

            Aujourd'hui deux missions de couverture sans résultat. Le mauvais fonctionnement de sa radio ne permet pas au commandant de l'Escadrille l'exploitation d'un renseignement signalant un avion douteux à Epinal ( il s'agissait, parait-il d'un D.O-17).

            Le commandant ROZANOF, au cours d'une aimable réunion, arrose son quatrième galon.

VENDREDI 10 MAI 1940

            Cette fois le calme est rompu... TESSERAUD est content. il était environ 4 heures 10 lorsque nous avons tous été réveillés en fanfare : ronrons de moteurs, sifflements d'éclatements de bombes et tirs de D.C.A. Que se passe-t-il?

            Des bombardiers ennemis, venus en deux vagues, essaient de bouleverser notre terrain, heureusement noyé dans le brouillard.Malgré cette protection naturelle, 50 bombes sont tombées sur le terrain et ses abords immédiats (d'autres sont tombées plus loin). La 3ème Escadrille a été la plus touchées, 5 de ses avions sont touchés, et le mess des officiers est détruit; un soldat, un ancien qui devait être libéré ce jour même est gravement blessé; on doit l'amputer d'une jambe.

            L'Escadrille a été plus épargnée : un seul avion a reçu un éclat, pas de blessés. Seul le sergent IMBERT qui était de garde et qui s'était couché dans un fossé quand les bombes tombaient a été fortement commotionné pas une bombe qui a éclaté tout près de lui.

            Enfin des renseignements : la Belgique, la Hollande et le Luxembourg ont leur frontière violée. Plus de doute, c'est la vraie guerre et, comme le dit JAUSSAUD : « la guerre des papiers et des révérences est terminée ».  Les bombes ont eu heureusement le bon esprit de tomber à des endroits déjà interdits aux avions : nous pouvons ainsi décoller sans trop de difficultés et effectuer plusieurs missions au cours de la journée. Mais hélas ! Les renseignements arrivent mal, très dispersés, faux et incomplets. Impossible de retrouver l'itinéraire de toutes ces expéditions réunies et cette chère D.A.T du temps de paix en souffre.

            Beaucoup de missions de couverture aujourd'hui dont aucune n'est couronnée de succès le matin. Par contre un peu de bagarre l'après-midi. Au cours d'une première mission, BAPTIZET, TESSERAUD et JAUSSAUD sont attaqués par une dizaine de ME-109, mais devant cette supériorité leur rôle n'est obligatoirement que passif. JAUSSAUD est sidéré : « ils nous grimpent sous le nez avec une facilité dérisoire et nous ne sommes qu'à 5.500 mètres » dit-il. Bagarre sans résultat et sans dommage pour personne, seul l'avion de TESSERAUD a reçu une balle dans le plan droit.

Au cours d’une autre mission le sergent de la CHAPELLE rattrape une groupe de HE-111, se met dans la queue du dernier, tire tout ce qu’il peut ; mais se fait tirer lui aussi par tous les mitrailleurs du peloton. Son avion est criblé de balles, son moteur aussi, il fume de tous les côtés et pisse l’huile. Il rompt le combat et se pose avec une roue crevée au milieu des trous du terrain d’Epinal, qui lui aussi a eu son compte ce matin. SON Heinkel a dû se poser, à moitié désemparé à Lunvigny. Brave la CHAPELLE.

            Les combats d’aujourd’hui ont coûté cher à la 3ème Escadrille. Le sous-lieutenant TIXIER a été descendu au sud de Rambervilliers. Le Sergent BALIN a dû se larguer en parachute, grièvement brûlé après un combat avec un ME-110, du côté d’Epinal.

SAMEDI 11 MAI 1940

Et ça a recommencé ce matin : bombes de tous calibres sur la lisière ouest du terrain. Bombes incendiaires éteintes rapidement par quelques sportifs n’est-ce pas CALLUZIO ! Aucun dégât important. Et de nouveau des couvertures avec des patrouilles simples ou légères. Quelle impression pénible.

            Au cours d’une de ces couvertures, vers 10 heures, la patrouille composée du sous-lieutenant PLUBEAU de l’adjudant TESSERAUD et du sergent chef JAUSSAUD est orientée vers un groupe de bombardiers. Très vite ils rencontrent effectivement plusieurs pelotons comprenant 18 HE-111, mais PLUBEAU voit aussi une douzaine de ME-109 qui les protègent. Ils font une passe rapide par l’avant et seul, JAUSSAUD, qui veut renouveler l’attaque, se fait accrocher par les chasseurs boches. Il est vite dégagé par PLUBEAU et TESSERAUD au cours d’un combat rapide qui se termine par la chute dans l’éternité d’un ME-109.

            JAUSSAUD doit rentrer au terrain. PLUBEAU: ils reviennent à l’attaque des Heinkel. PLUBEAU a l’ailier gauche dans son collimateur tout près. Il tire dans le moteur gauche, il tire sans arrêt, jusqu’au retour des Me-109 qui l’obligent à rompre le combat avant d’être sûr de sa victoire : mais du terrain ou on peut voir les dernières phases de ce combat, les mécaniciens sont formels :  ils ont vu l’un des HE du peloton faire demi-tour. Et on apprenait qu’une demi-heure après un HE s’abattait à 80 kilomètres de là avec le moteur gauche en feu. Mais cet avion est réclamé par la D.C.A.

            D’autres couvertures ont lieu pendant toute la journée, mais sans aucun succès. Notons d’ailleurs qu’"ils" travaillent plus le matin que le soir.Travail fébrile de la part de tous et en particulier des mécaniciens entretien des avions, plein, travaux de terrassement de tranchées : les heures ont été bien remplies. Que nous réserve demain ?

DIMANCHE 12 MAI 1940

            Une Pentecôte que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

            Nous voulons absolument "gauler" les bombardiers qui viennent au petit jour. Donc une patrouille double à priori dès l’aube. Décollage à 4 heures 55. Les moteurs tournent alors qu’il fait encore nuit noire. C’est difficile de se comprendre et ça permet au commandant d’Escadrille de pousser sa plus belle depuis le début de la guerre.

            Mais après deux heures 20 de patrouille, tout le monde se pose sans avoir rien vu. Même chose pour la patrouille de la 3 que le commandant de Groupe fait reposer très peu de temps après son décollage pour ne pas user tous nos moyens.

Décidément tout est bien calme. Et bien non ! Ver 10 heurs 30 alors que tous les pilotes sont au P.C. d’Escadrille, on entend un vague ronflement. Le lieutenant GIRARD s’étonne : "Tient un Frits" Le premier qui parle de Frits, je le flanque à la porte " répond le commandant d’Escadrille  15 secondes après commence un mitraillage soigné Des ME-109 et 110 passent en trombe au-dessus de nos arbres, arrosent en rase-mottes les avions dans un bruit d’enfer. Tout le monde se couche où il peut. On voit néanmoins TESSERAUD prendre le temps d’enfiler sa combinaison de vol avant de se coucher par terre : il ne veut pas salir sa tenue plus impeccable que jamais. Et ça continue pendant plus de 5 minutes passage après passage, dans un hurlement de moteurs et un crépitement de mitrailleuses et de canons. La D.C.A. du terrain répond. Nos avion n’ont rien pu faire.

            Heureusement tout à une fin. Mais quel spectacle ! DEROZIER vient en courant annoncer qu’il y a des morts et des blessés. C’est malheureusement vrai. Le sergent chef SARRET a une balle dans le pied. Le CC. DE LA RABLEE a des éclats d’obus dans le dos. BARTHELEMY a sa veste de cuir traversée par deux balles.

            Le sergent VINAY qui réparait des inhalateurs a la cuisse traversée et il meurt dans la soirée à l’hôpital de Saint Dié.

            Quand aux avions ! quel cimetière ! Trois avions de chez nous brûlent encore et à la 3 on voit deux colonnes de fumée noire monter très haut dans le ciel. D’autres avions sont sérieusement troués : on en voit un qui, le pneu crevé, penche lamentablement sur le plan droit.

            Les vols reprennent après cette alerte dont on se souviendra. Toujours ces mêmes couvertures qui ne signifient pas grand-chose. Au cours de toute l’après midi/règne une atmosphère de gêne. On entend sans cesse des bruits de moteurs dans le ciel. Est-ce les Curtiss ? est-ce des ennemis ?

            Au cours d’une de ces patrouilles de l’après midi, le sous-lieutenant DUPERRET est pris à partie dès le décollage par plusieurs ME-109. Il ;se met en vrille, redresse, repart en vrille et s’écrase au sol au S.O. de Saint-Pierremont, à quelque kilomètres du terrain, sous les yeux de plusieurs d’entre nous. Pauvre cher camarade ! Nous entendrons plus ses jérémiades sympathiques et les savons qu’il passait aux armuriers dont il surveillait les travaux. Nous ne le verrons plus rire en pleurer aux plaisanteries que nous faisions à la popote. Nous ne le verrons plus heureux comme un gamin la veille de partir en permission brossant sa tenu et préparant sa valise.

LUNDI 13 MAI 1940

Le calme après l’orage. Pas de bombardement du terrain. Quelque mission de couverture avec le peu d’avions disponibles qui nous restent. Rien en l’air.

            Par contre, des rumeurs nous arrivent. Il serait possible que nous quittions le terrain pour aller renforcer les troupes qui au nord, ne peuvent soutenir tous les assauts ennemis.

MARDI 14 MAI 1940

            Mission de couverture sur Saverne à deux patrouilles. Rien à signaler.

JAUSSAUD qui affectionne les  pannes d’hélices doit une fois de plus rentrer au terrain avant les autres. On signales par radio des ennemis que nous ne voyons pas. Puis la radio rappelle précipitamment tout le monde. On pense à une attaque du terrain semblable à celle d’avant-hier. Mais non ! Nous ne sommes rappelés que pour préparer le départ.

            Nous quittons Roville. Nous devons rejoindre Orconte, un petit patelin près de Saint-Dizier. Pourrons-nous faire du travail utile et penser à autre chose qu’à assurer tant bien que mal notre protection personnelle.

            Le chargement de l’échelon roulant se fait dans la fièvre. En moins de quatre heures tout est prêt à partir. Mais que de regrets nous laissons là. La CHAPELLE vous oubliez votre beau bar ! On n’emportera que les verres tant pis.

            Les six avions/disponibles de l’Escadrille et de l’Etat major du Groupe sont convoyés par le commandant BORNE, le capitaine ENGLER, le lieutenant VINCOTTE, le sous-lieutenant PLUBEAU, l’adjudant TESSERAUD et le sergent de la CHAPELLE . Il se posent à Orconte et tout de suite, on s’occupe du desserrement. L’Escadrille sera remarquablement camouflée dans une sorte d’enclos situé à 1 kilomètre de la piste et entouré de bosquets : au fond de cet enclos, nous pourrons mettre entre les peupliers le reste des avions de l’Escadrille, quand nous serons au complet ( quand ?).

            Le P.C. d’Escadrille est établi dans une ancienne ferme, à 20 mètres d’une écluse du canal de la Marne. On y sera très bien dès que le téléphone nous reliera au P.C. du Groupe situé à près de 2 kilomètres de là.

            Tout le monde logera à HAUTEVILLE de l’autre coté de la Marne.

Une demi heure après l’atterrissage des ordres arrivent. PLUBEAU, TESSERAUD, la CHAPELLE et PUDA participent avec quelques avions de la 3ème Escadrille à une couverture au sud de Sedan à 17 h. 30. Mission d’une confusion extraordinaire : En effet sur le secteur voisinent des Curtiss, des Bloch des D-520 que PLUBEAU prend pour des ME-109 (heureusement) il a vu les cocardes avant de tirer). Il y a aussi des ME-110 avec lesquels la patrouille a un engagement partiel et très rapide. De cette confusion, il ne ressort pas grand-chose, si ce n’est que le sous-lieutenant CUNY, de la 3ème Escadrille ne rentre pas. PUDA a cru voir un Curtiss tomber en même temps qu’un ME-110. Mais peut-on conserver encore quelques espoirs ?

MERCREDI 15 MAI 1940

            Tout le monde se retrouve au terrain à l’aube. Et pendant que l’installation nouvelle se poursuit, on prépare une mission : Départ II heures Couvertures au S.O. de Charleroi. Tous les avions du Groupe y prennent part ! Rassurez-vous : Nous ne serons en tout que 7. C’est le bouquet.

            Quatre pilotes de l’Escadrille ; Lieutenant VINCOTTE et sous lieutenant BAPTIZET, sous lieutenant PLUBEAU et adjudant TESSERAUD, protégés par trois pilotes de la 3ème Escadrille : Capitaine GUIEU, adjudant PAULHAN, sergent chef CASENOBE.

            Tout se passe bien jusqu’à hauteur de Reims ou nous apercevons un superbe V de neuf bombardiers (JU-86) à l’altitude de 4.000 mètres qui se dirigent vers le SO. Nous décidons d’attaquer ces gars-là. Ils sont protégés par une demi-douzaine de ME-109 à 800 mètres plus haut et un peu derrière.

Le lieutenant VINCOTTE fonce mais peut-être un peu trop tôt. Les ME-109 nous tombent dessus : c’est tout de suite la grande corrida qui se termine par un piqué magistral de la plupart d’entre nous. Seul reste sur les bombardiers le lieutenant VINCOTTE qui passe la position par radio en commençant des passes sur l’ailier gauche. Enfin PLUBEAU, TESSERAUD et BAPTIZET descendent chacun leur ME-109 à l’issue d’un piqué infernal : PLUBEAU à côté de Vouziers, TESSERAUD et BPTIZET un peu plus au nord PLUBEAU reprend vite de l’altitude, ainsi que PAULHAN de la 3, et aide le lieutenant VINCOTTE à descendre à un des JU-86 (moteurs en feu), ils ont lâché leur bombes dans la nature, près de WARMERIVILLE. Et nous passons au suivant. Le sous-lieutenant PLUBEAU doit abandonner, il a reçu une balle explosive en plein au dessus du pare-brise (des éclats se sont logés dans son casque).

            Le lieutenant VINCOTTE continue mais avant d’avoir obtenu un résultat sûr avec le 2ème J.U. il reçoit une telle rafale plein travers qu’il doit abandonner à son tour (deux réservoirs crevés tuyaux d’inhalateur crevé également respiration de vapeurs d’essence).

            Pendant ce temps, BAPTIZET a retrouvé le capitaine GUIEU et CASENOBE et ils tombent sur un HE-I26 qu’ils envoient dans les décors de la forêt de Silly-l’Abbaye après toutefois que le capitaine GUIEU soit rentré dans un arbre à toute vitesse et ait pu rejoindre le terrain par miracle avec un avion dont les deux plans étaient emboutis comme si on les  avait passés au marteau pilon.

            Enfin tout le monde revient sain, sauf heureux des résultats obtenus. quant à la chère mécanique elle contemple d’un oeil morne les trous qu’il va falloir boucher et les réservoirs qui doivent être changés.

JEUDI 16 MAI 1940

            Toujours aussi peu d’avions disponibles : six à l’Escadrille. C’est maigre ! Et les pilotes s’arrachent les places. Ca donne un peu plus de travail au commandant d’Escadrille qui, pour donner l’exemple, n’hésite pas à se sacrifier et à rester au sol abandonnant ses chères habitudes d’emmener tout le monde avec, au dessus de lui, son fidèle BAPTIZET. Les déshérités, ceux qui ne volent pas, restent à errer comme des âmes en peine autour du cantonnement. Certains, plus philosophes, essaient de taquiner le goujon dans la canal de la Marne.

            Une protection sur le secteur Reims-Vernier-Neufchatel. Elle est emmenée par le sous-lieutenant PLUBEAU et groupe l’adjudant TESSERAUD le sergent chef JAUSSAUD, le sous-lieutenant BAPTIZET, le capitaine ENGLER et le C.C. PUDA. C’est la 3 qui emmène tout le dispositif avec deux patrouilles. L’ensemble parait homogène et sur le secteur à l’altitude de 5.500 mètres, tout est bien calme au début. Mais tout à coup vers14 h.40 sont aperçus des éclatements de D.C.A. à une distance très respectueuse d’une trentaine de bombardiers en plusieurs pelotons : tout le monde file dessus. L’adjudant VILLEY chef de la patrouille-guide, attaque plein travers, peut-être un peu prématurément. Le peloton se disloque : il s’ensuit une bagarre générale au cours de laquelle les bombardiers paraissent très maniables. PUDA poursuit un DO-17 jusqu’au sol où il s’écrase à BERRY-au-Bac. Le capitaine ENGLER est déchaîné : il tire partout, touche gravement un JU-86 qui ne rentrera probablement jamais chez lui. Mais toute cette bagarre est bien confuse, d’autant plus qu’à la fin arrivent quelques ME-110.

Au retour, PLUBEAU et JAUSSAUD ont ramené quelques balles sans importance. Le brave JAUSSAUD est mécontent de sa journée : « Si les attaques avaient eu lieu en groupe plus compacts, si personne ne recherchait la victoire personnelle, le palmarès eut été plus riche » dit-il.

            Alors que les avions sont à peine posés, on voit un incendie formidable se déclencher à Vitry-le-François. Les bombardiers boches sont passés par là. La ville flambe sans que nous ayons rien pu faire.

            En fin de soirée, le lieutenant/HLOBIL, part à Auxerre. Il emmène l’avion du commandant BORNE qui a été gravement touché hier, à la station-service Curtiss, où il parait qu’il y a une bande de mécaniciens qui, en une nuit, vous remettent à neuf un Curtiss.

VENDREDI 17 MAI 1940

            Faisons le point : Depuis que le terrain a été bombardé pour la première fois, tout le monde les a eu serrées. C’est humain et il y a de quoi ? Certains ont réagi moins facilement que d’autres mais tous ont compris la nécessité de s’enterrer et de se camoufler : il n’y a pas de déshonneur à se relever couvert de boue à la suite d’un bombardement mais il est stupide de ne pas pouvoir se relever. Félicitations donc à toute l’Escadrille dont certains seront récompensés plus « officiellement » que par ces quelques lignes anonymes.

            En l’air, nous avons eu l’occasion « de voir du boche » mais souvent nos moyens étaient trop faibles. Nos avions ont été saccagés par les Fritz au nid : c’est pénible se spectacle de ces beaux avions flambant de toute leur essence au bordé de notre beau bois. Et puis, faut-il le dire, le succès n’a pas toujours été aussi complet qu’il aurait dû l’être ; si certains n’avaient pas seulement recherché la gloire individuelle « leur » boche. Rester groupés, attaquer en patrouille, telle est à mon sens la formule qui, seule, peut réussir contre un peloton de bombardiers.

            Depuis huit jours l’Escadrille en a tellement vu qu’il faut absolument que j’en parle et que j’insiste : jeudi, j’étais fier de montrer au commandant treize avions disponibles sur seize. Aujourd’hui, seul six avions peuvent voler. Nous sommes quatorze pilotes. (Sans commentaires).

Et puis j’ai quelque chose sur le cœur : J’aurais voulu porter en terre mon fidèle DUPERRET, que j’ai appris à connaître et à apprécier pendant six mois de guerre. C’était un cœur d’or, qui se donnait du mal , un mal formidable pour son travail, pour l’Escadrille.

            Je cite , de mémoire, quelque lignes de son carnet personnel :

            « Seul, l’esprit d’Escadrille pourra sauver l’armée de l’Air. Le groupe est une unité trop grande, dans laquelle le commandant ne voit pas toujours clair. Il faut rendre à l’Escadrille son autonomie pour lui permettre de faire un travail utile ».

            J’ai eu la consolation, toutefois, de savoir que sa tombe était complètement recouverte de fleurs, que ses camarades et les habitants de Roville, avaient déposées. Le général COCHET, à la fin de la cérémonie, a accroché une palme à sa croix de guerre, suprême récompense donnée à notre cher camarade qui devra rester pour les jeunes, le modèle de l’officier qui s’est élevé lui-même par la force de sa volonté et de sa ténacité.

            Je veux maintenant dire quelques mots de CUNY.

            Beaucoup de camarades qui liront ces pages, l’ont peu connu. C’était un esprit très vif, un type charmant, toujours le cœur sur la main. Avouons toutefois, sans vouloir offenser son âme, qu’il ne tournait pas toujours "rond". Depuis quelque temps il était très fatigué. Sa pâleur était extrême et paraissait encore plus grande sur son visage de "Diable". Le bouc en pointe. Avant qu’il ne parte pour sa dernière mission, à peine posé sur notre nouveau terrain, je l’aperçus en combinaison de vol.

Nos deux regards se croisèrent sans que nous échangions une parole, mais il me sembla qu'il était infiniment triste. Il était ardent au combat, avec les faibles moyens dont il disposait. Mais ce soir-là, il paraissait résigné, je suis sûr qu'il est parti sans courage et qu'il aurait préféré rester au sol (ce qui arrive parfois aux meilleurs de nos as, j'en suis convaincu).

            Mais je fais du sentiment. Pourquoi, se demanderont ceux qui vont lire ces lignes ? Peut-être parce que cet après-midi l'air est si calme, chargé de lourds nuages sombres, parce que je contemple de vertes prairies où dorment, parfaitement insouciantes, des vaches noires et blanches, et parce que ce matin j'ai vu sur la route le spectacle plein de détresse d'une charrette tirée par trois chevaux robustes sur laquelle était entassée pêle-mêle une famille entière avec tout ce qu'elle avait pu sauver du désastre.

            TESSERAUD vient de rentrer dans le bureau de l'Escadrille, il m'annonce triomphant qu'on va homologuer quatre victoires à DE LA CHAPELLE : il pêche à la ligne dans le canal voisin et vient d'attraper quatre… goujons !

            A part la rêverie et la mélancolie du commandant d'Escadrille, rien de bien sensationnel à signaler aujourd'hui.

            Une mission ce matin, une couverture sur le secteur Mourmelon-Reims, en collaboration avec la 3ème Escadrille, sans succès.

            Et ce soir, en fin de journée, une couverture monstre sur Maubeuge, entre 19 h et 20 h : six avions de l'Escadrille, six avions de l'Escadrille voisine, protégeant neuf Morane 406. Nous n'allons pas loin : de gros nuages formant un plafond continu à 1.500 mètres, nous font faire demi-tour entre Reims et Epernay.

SAMEDI 18 MAI 1940

            Enfin, notre installation à Orconte est terminée. Tout n'a pas été fait sans difficulté, et en particulier il y a eu un certain personnage officiel d'Hauteville qui ne pourra pas se vanter d'avoir facilité les choses. Une bonne nouvelle aussi : il y a à Bourges des avions neufs qui nous sont destinés et de la FLECHERE et JAUSSAUD y partent en Goéland. Qu'ils se dépêchent de revenir.

            La journée a été mouvementée, mais glorieuse. Mais laissons-en le héros raconter lui-même les faits : j'ai nommé PLUBEAU.

            « Je vais donc essayer d'expliquer cette mission de mon mieux » :

             Protection d'un avion photographe sur zone Rethel, de 15 heures à 15 heures 30. Voici la composition des patrouilles de l'Escadrille :

                        sous-lieutenant PLUBEAU                  sous-lieutenant BAPTIZET

                        capitaine ENGLER                              sous-lieutenant CORDIER

                        lieutenant GIRARD                             c. c. PUDA

 

« Elles assurent la protection de la 3ème Escadrille ».

            « Dès notre arrivée sur le secteur, je vois un HE-126 que je signale. Cet avion nous a vus; il pique vers le sol dans ses lignes, mais c'est trop tard; la 3ème Escadrille l'attaque. Après une dizaine de passes, le HE tombe en flammes au bord de l'Aisne, bascule dans la rivière et brûle en partie de l'autre côté.

            « Pendant que la 3ème se regroupe sous nos patrouilles, quatre ME.109 sortent des nuages à 200 mètres de nous, au nord; ils remontent immédiatement au-dessus sans nous avoir vus; j'emmène alors tout le dispositif vers l'intérieur et me replace en protection. De nouveau, nous rencontrons les ME.109 et cette fois nous bagarrons. Nous les dissocions et les malmenons sérieusement : le capitaine ENGLER et moi en abandonnons un en feu.

            « Nous nous regroupons et cherchons la 3ème Escadrille ».

« Voyant cinq avions de face à une altitude supérieure à la mienne, je vais aller me placer sous eux, croyant avoir affaire à la 3, lorsque je me rends compte de mon erreur ce sont les ME.109. Ils ont la supériorité d’altitude. Il n’est pas intéressant de se frotter à eux. Je bats des plans et pique légèrement à côté d’un nuage. Ils passent de l’autre côté sans nous voir : la prochaine fois nous leur passerons des lunettes ! »

            « Je vire derrière les nuages en prenant de l’altitude mais plus de ME.109 ! »

            « Nous retrouvons la 3 et grimpons toujours. Vers 2.500 mètres nous voyons une trentaine de bombardiers allemands qui viennent de l’Ouest. Je laisse la 3 attaquer, elle va faire sa deuxième passe, pas de chasse ennemie, je pars également à l’attaque avec mes patrouilleurs. Nous attaquons la section de droite du peloton de gauche. J’ai quelques difficultés à rejoindre les HE.111, car mon avion a été touché au cours de la première bagarre; j’en suis à 250, à 300 mètres ; je tire quand même et je suis assez heureux de voir l’ailier droit fumer fortement. Il abandonne sa formation et pique vers le sol. Et d’un ; autour du chef de patrouille, bientôt son avion en fait autant et même davantage : il ne peut y avoir aucun doute, il brûle. Mes équipiers ont aussi tiré, de même qu’un ou deux autres Curtiss ».

            « Nous allons les abandonner, car l’heure de fin de mission a déjà sonné, mais là n’est pas la raison, nos munitions s’épuisent, nous ne sommes plus que quatre et devant nous, venant du N.E. une belle expédition de bombardiers et de chasseurs s’avancent. Je me balance de droite à gauche pour que tout le monde me suive, un Curtiss reste, accroché aux HE.111 tout à fait à gauche. Je ne puis le laisser seul, ce serait le vouer à la mort ? Enfin, il revient mais un peu tard, les ME.109 probablement alertés viennent sur nous ».

            « Le capitaine ENGLER les voit le premier et me les signale. Je vire brutalement, ils sont là bien près. L’un tire sur le capitaine ENGLER qui est en virage. Je ne suis pas en bonne position de tir, mais je lâche tout de même une rafale, histoire de faire peur à cet audacieux Fritz qui ose tirer sur notre « Popol ». Le résultat est acquis : le Fritz dégage ».

            « Un autre, je ne sais pourquoi… vient de virer devant moi… Voudrait-il me narguer ?… Je le suis et lui lâche quelques pruneaux qui le convertissent rapidement : il pique jusqu’au sol et prend feu ».

« Pendant ce temps, le capitaine ENGLER a aussi descendu son « gaillard ».

« Nous nous sommes dispersés dans la mêlée, mon moteur donne des signes de fatigue. Il faut rentrer : je vais au point de ralliement, le terrain de Reims. Le sous-lieutenant RUBIN et deux autres Curtiss sont avec moi. Je rentre au terrain bien inquiet sur le sort du capitaine ENGLER ; j’ai vu qu’il était tiré. A-t-il été touché ?… Non, car il rentre dix minutes plus tard ».

            « Tout le monde est rentré. Belle bataille où les oiseaux d’Hitler, malgré leur supériorité de vitesse n’ont pas eu l’avantage ».

            « Dommage que nous ayons si peu d’avions et qu’ils soient si lents comparativement aux Fritz. Presque tous les avions sont touchés : j’ai ramené plusieurs balles, une dans une magnéto, une dans une tuyauterie d’huile et une dans le bâti-moteur et d’autres à des endroits moins délicats »

            « Pendant cette bagarre, le lieutenant BAPTIZET assure avec ses patrouilles CORDIER et PUDA, la protection de ma patrouille. Bonne manœuvre car les ME, leur tombent dessus à six. Non seulement ils réussissent à s’en débarrasser, mais encore ils les empêchent d’intervenir contre les patrouilles basses.

Finalement ils me retrouvent au point de ralliement. « Je dois rendre hommage au capitaine ENGLER et au lieutenant GIRARD mes équipiers de ce jour ; ils ont été formidables, toujours à mes côtés, voyant et signalant tout ils m’ont permis de faire du bon travail ».

DIMANCHE 19 MAI 1940

            Il est prévu aux ordres une couverture du Secteur Laon-Crécy-sur-Seine de 7 h 30 à 8 heures. Cinq avions aux mains du lieutenant VINCOTTE, du sous-lieutenant BAPTIZET, du sous-lieutenant FAUCONNET, de l’adjudant TESSERAUD et du sergent de la CHAPELLE doivent travailler avec une patrouille triple de Bloch-152 mais par contre un superbe DO-17 qui rentre précipitamment dans ses lignes. Mais nous attaquons tous. Le lieutenant VINCOTTE à la première passe, a des ratés au moteur, il ne trouve pas ça drôle et croit qu’il est touché, enfin à force de tripoter la manette de pression d’essence, tout revient à l’état normal. Mais les amis sont loin. Il en est quitte pour aller au point de ralliement et attendre. Il n’attend pas longtemps, BAPTIZET, TESSERAUD et de la CHAPELLE arrivent quelques instants après. Ils ont poursuivi sans succès le DO-17 qui filait à toute vitesse en rase-mottes. Par contre ils sont tombés à bras raccourcis sur un pauvre HE-126 qui se trouvait sur leur trajectoire : ça n’a pas duré longtemps. Le mitrailleur tué à la première passe, le pilote abandonne son avion et se jette en parachute après avoir fait une chandelle de 200 mètres. Ils sont près de Marle, mais ô stupeur de la CHAPELLE voit, en revenant, un petit terrain sur lequel sont posés des croix noires. Il reconnaît des HE-126. Il ne peut pas résister au plaisir de faire une passe sur tous ces gars-là. Il les voit se réveiller, se précipiter à leurs armes. Il a le temps de seringuer un peu partout et au passage, de foutre le feu à un HE qui prenait sa piste pour décoller.

            Au point de ralliement, nous retrouvons FAUCONNET, il a eu lui aussi des ennuis mécaniques et a abandonné la patrouille. En revenant, il a fait un passage sur trois bombardiers qui sont rentrés très rapidement dans les nuages. Il nous quitte et rentre directement au terrain pendant que nous recommençons à faire un tour du secteur : il est calme. Plus rien. Il faut rentrer, l’essence baisse et la CHAPELLE me fait signe qu’il nous abandonne nous restons donc à trois : VINCOTTE, BAPTIZET & TESSERAUD. Je décide de monter au-dessus des nuages au cas où nous trouverions une expédition de bombardement.

Nous survolons le terrain de Reims troué par les bombes. Je vois à ce moment TESSERAUD qui s’approche de moi. Il battait des plans. Je n’y ai pas fait attention. Mais v’lan dans le dos un choc terrible avec un bruit épouvantable. Je vire à droite comme une brute et je regarde derrière moi, il y a quatre Messerschmidt dont l’un vient de me tirer sans prévenir, il a certainement cru que j’étais descendu, TESSERAUD aussi, qui a vu une superbe flamme sur le côté gauche de mon avion. J’avoue que je ne suis pas très fier, avec un trou de 50 cm dans mon taxi, à hauteur du réservoir de fuselage et une commande de direction coupée.

BAPTIZET est aux prises avec deux 109 et le salaud qui m’a touché fait un superbe renversement suivi de son équipier et me retombe dessus. Mais TESSERAUD est là qui veille. Pendant que j’évite le boche, il se flanque dans sa queue. Il est tout près, maintenant il va le tirer, mais qu’attend-il donc. Hélas ses mitrailleuses ne fonctionnent pas. Le fusible a grillé et le Boche comme pour nous narguer met un grand coup de gomme, une forte traînée noire et le voilà en chandelle laissant TESSERAUD littéralement sur place.

Nous nous regroupons et nous reprenons le chemin d’Orconte sans forcer l’allure, l’un protégeant l’autre, tandis que les quatre Messerschmidt nous suivent à distance, attendant que l’un de nous soit obligé de quitter la patrouille pour l’attaquer.

            Enfin tout le monde est content de retrouver son alvéole.

            Grands discutages de coup. Pour ma part, je n’ai pas de chance avec les avions de l’état-major du Groupe. Le 15, c’était l’avion du commandant BORNE que je ramenais criblé de balles; aujourd’hui, c’est celui du capitaine ENGLER, le brave 97.

            Quant à BAPTIZET il est hors de lui. Il en veut aux Bloch-152 qu’on a jamais vu sur le secteur et dans son attente naïve il a pris pour eux ces ME-109 ; c’est pourquoi il n’avait rien signalé et puis il n’aime pas être aux prises avec deux Messerschmidt sans pouvoir en descendre au moins un.

            L’après-midi le lieutenant GIRARD, le lieutenant HDOBIL et le sous-lieutenant FAUCONNET partent à Bourges en Potez-62 pour y chercher d’autres Curtiss. On commence à en avoir vraiment besoin. Ca devient idiot de travailler dans des conditions pareilles

- :- :- :- :- :- :- :- :- :-

 

LUNDI 20 MAI 1940

            Deux patrouilles de couverture du terrain, le matin, avec le commandant BORNE, l’adjudant TESSERAUD et le sergent de la CHAPELLE, l’après-midi avec le sous-lieutenant PLUBEAU et le sous-lieutenant CORDIER. Patrouilles sans résultats, la radio marche mal. Par contre, l’après-midi un vol amusant hélas pas pour tout le monde de l’Escadrille, puisque seul y participent le sous-lieutenant BAPTIZET et le caporal chef PUDA.

            Ils doivent travailler en liaison avec une patrouille simple de trois menée par le sous-lieutenant BLANC : mission de chasse libre sur le secteur Berry-au-Bac, Rethel-Reims. Les deux équipiers de BLANC doivent abandonner. On rappelle tout le monde, mais comme personne n’entend. Ceux qui n’ont pas des raisons de rentrer continuent la mission sous la conduite de BLANC. BAPTIZET prends la place d’équipier haut, naturellement ; PUDA, celle d’équipier bas.

Vers Betheniville, PUDA aperçoit tout à coup un « douteux » qu’il signale à son chef de patrouille et dont tout le monde s’approche. Il est vite reconnu pour être un HE-111. BLANC prend immédiatement les dispositions pour attaquer, mais il y a des nuages sur le secteur et le Boche, qui a vu le danger fonce dedans après toutefois avoir commencé par larguer ses bombes. Le voici qui ressort en direction de ses lignes, il est immédiatement attaqué en noria par les trois pilotes qui font sur lui des passes 3/4 arrière, en cabré et en piqué. Mais il repique vite dans d’autres nuages, seul BAPTIZET ne le perd pas de vue et continue à le seringuer très fort. Tout à coup… Crac… son moteur passe à 3'500 tours, son pas d’hélice a sauté. Il doit abandonner la poursuite sans être sûr du résultat obtenu : le Boche en a certainement pris un bon coup c’est tout ce qu’on peut affirmer.

            A noter que depuis hier nous quittons le lieu de desserrement et nous décollons d’une façon assez originale. Nos alvéoles sont décidément bien loin de la piste, c’est parfait pour le camouflage, mais les avions comme dit le capitaine ENGLER ne sont pas faits pour rouler au sol. Or, juste en face de l’enclos de desserrement, il y a une superbe bande en jachère de 30 mètres de large et de 300 mètres de long, orienté E.W., au bout cette bande il y a un petit chemin que l’on aplanit facilement et de l’autre côté du chemin un champ de 200 mètres, juste devant un bouquet d’arbres d’une quinzaine de mètres de haut, placé dans l’axe de la bande. C’est très suffisant pour décoller, les décollages seront individuels naturellement mais assez rapides toutefois à la cadence d’un départ toutes les 30 secondes environ.

MARDI 21 MAI 1940

            Une petite protection sur Rethel-Novion-Porcien, groupant le lieutenant VINCOTTE, le sous-lieutenant PLUBEAU et l’adjudant TESSERAUD, avec une patrouille double de la 3, plafond à 3.000 mètres, un tour sur Rethel sans histoire et retour au terrain.

            BAPTIZET lui, a fait du tourisme. Il est parti avec un Potez 58 à Xaffevillers où on travaille activement sur les avions qu’on a dû laisser là-bas. Il revient dans la soirée avec le 193 du commandant d’Escadrille qui commençait à en avoir assez d’esquinter des avions qui ne lui appartenaient pas, comme le 97 du capitaine ENGLER que le sous-lieutenant CORDIER va convoyer à Auxerre aujourd’hui même.

            Enfin, une surprise bien agréable que tout le monde attendait avec impatience : GIRAUD, JOUSSAUD et DE LA FLECHERE reviennent de Bourges avec de beaux Curtiss tout neufs. Ca n’a pas été sans peine. Ecoutez donc plutôt JOUSSAUD nous raconter son odyssée :

« Nous voici enfin de retour après trois longues journées d’attente, de démarches, d’énervement, d’écoeurement. Nous devions revenir immédiatement avec les avions qui devraient être fin prêts !… Nous avons été reçus par des gens charmants qui ont fait l’impossible pour nous rendre service et pour hâter notre départ ; en particulier le colonel HAEGELEN a été d’une cordialité et d’une compréhension qui nous a fait du bien Mais quelle difficulté pour arriver à surmonter l’inertie d’une masse de planqués qui n’ont pas encore compris que dans les heures actuelles il n’y avait plus de blouses blanches et que tout le monde doit retrousser ses manches. Ce manque total d’allant du personnel, où quatre inutiles regardent travailler un cinquième, allant  de paire avec une absence complète de méthode, de prévision du haut-commandement, est proche de la trahison ».

            « Les avions étaient prêts ! Soit ! c’est-à-dire qu’ils étaient prêts à voler, mais en temps de guerre ce sont les mitrailleuses qui doivent voler. Or, l’armement n’était pas prévu ! (ils devait être fait à Châteaudun), les collimateurs n’étaient pas là, les parachutes étaient à Meudon, les inhalateurs… quelque part, la radio pas réglée ! Et vas-y donc ! A part ça les avions sont prêts… Coups de téléphone sur coups de téléphone le Colonel HAEGELEN se dépense et prend sur lui des décisions qui auraient dû venir de Paris. On construit une deuxième butte de tir en vitesse, on fait venir les parachutes par la route, on prend sur des avions du centre des appareils Munerelles, on les panache avec les Gourdou, les collimateurs Baille-Lemaire sont remplacés par des OPL, enfin on se débrouille !… On s’occupe à la fois de la radio, des armes, des tuyauteries d’inhalateurs qu’il faut faire parce qu’il n’y en a pas, il faut travailler de nuit, ce qu’on obtient à grand peine… Quelle impression pénible ! Et voilà vingt mois que la France est en sursis de guerre ! …»

MERCREDI 22 MAI 1940

Pas de vol aujourd’hui, si ce n’est quelques couvertures du terrain dont on profite pour faire un semblant de rodage des moteurs des avions neufs. Ils arrivent  nombreux , ces avions : au tour de HLOBIL et de FAUCONNET de revenir de Bourges; ça donne pas mal de travail aux armuriers, qui, sous la direction de BORDAHANDY, se surpassent. Le sous-lieutenant CORDIER revient d’Auxerre avec l’avion du commandant de Groupe, remis complètement à neuf.

JEUDI 23 MAI 1940

Comme hier, l’activité aérienne se limite à quelques couvertures du terrain avec les avions neufs à roder, Mission de couverture sans aucun résultat, tout notre secteur est particulièrement calme et on a même peine à croire ce que la radio nous apprend : la menace si grave des armées boches sur la France du Nord.

VENDREDI 24 MAI 1940

Il est de nouveau question de protection !... Depuis bien longtemps ça ne nous était pas arrivé ! Et ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps aussi à l’escadrille, c’est de pouvoir aligner au départ dix avions, ce qui avec une patrouille triple de la trois, va se passer.

Ca fait tout de même faire un bel ensemble en l’air !  Malheureusement on en fait pas toujours ce que l’on veut. Les liaisons avec la reconnaissance sont bien déficientes : rendez-vous avec deux Potez au dessus de la piste pour les emmener sur le secteur de Rethel. Nous tournons à l’heure dite en un carrousel effrayant. JAUSSAUD, lui n’insiste pas : son hélice le lâche pour la nième fois. Finalement au bout de 45 minutes de vol idiot tout le monde se pose. On voit arriver alors le premier Potez, il n’avait pas pu décoller à l’heure de son terrain à cause du temps ! (à Orconte le temps était superbe ) Quant à son camarade, il ne viendra pas tout de suite : il s’est mis sur le ventre au décollage !!!

            Résultat net de la mission : 19 avions en l’air pendant près d’une heure pour rien.

            Et l’après-midi çà recommence, ce genre de mission inutile sous la forme d’une mission de chasse libre en force : dix avions de l’Escadrille encore une fois, protégeant une patrouille triple de la troisième Escadrille. On fait  deux heures 15 sur le secteur Reims-Rethel-Vouziers à une allure effrénée, la manette dans la poche sans arrêt, avec une radio déficiente qui, d’ailleurs, ne nous aurait été d’aucun secours, car il n’y avait aucune activité à cette heure sur les lignes.

            Il y en avait un qui n’a pas l’air de comprendre très bien tout ce travail, c’est le sergent-chef POSTA, un pilote technique qui vient d’arriver hier à l’escadrille venant du C.I.C de Chartres : il a l’air bien gentil, parait avoir un très bon moral et ne parle pas un mot de Français !

            En fin d’après-midi, de la FLECHERE part à Bourges chercher un nouveau curtiss et le lieutenant VINCOTTE part en P-58 à Xaffevillers chercher l’un des Curtiss qui y restent encore : il doit revenir demain matin.

SAMEDI 25 MAI 1940

            Le matin une protection d’un Potez-63 (pourquoi donc un seul avion alors que nous mettons en l’air le même nombre de patrouilles, qu’il y ait un ou plusieurs avions à protéger). Secteur Berry au Bac-Rethel-Attigny, altitude 3.000 mètres. Au dessus de quatre patrouilles de l’escadrille que commandent respectivement le lieutenant VINCOTTE, le sous-lieutenant BAPTIZET, le sous-lieutenant PLUBEAU et le commandant BORNE avec de la CHAPELLE, il y a trois patrouilles de la troisième escadrille.

            Le Potez est pris au dessus du terrain et nous filons vers les lignes. Tous se passe bien:

un peu de D.C.A au nord-Est de Rethel, juste pour ne pas en perdre l’habitude. Alors que nous sommes déjà au bout du secteur, que le Potez commence à rentrer dans nos lignes, suivi  fidèlement par les premières patrouilles, JAUSSAUD croit apercevoir deux patrouilles de Messerschmidt qui décollent d’un terrain situé très au nord des postes de D.C.A qui nous ont tirés vers la forêt de Signy. Et puis il les perd de vue. Par contre la trois les a attaqués et DE LA CHAPELLE s’est joint à eux : attaque qui a été fatale à deux de nos pilotes dans des circonstances absolument inexplicables. DE LA CHAPELLE donc se met rapidement dans la queue d’un ME-109, qui lui fait un superbe retournement devant le nez. Il fume un peu; il descend en glissage sur le dos, DE LA CHAPELLE le suit il descend toujours. Le sol arrive, la victoire est proche... mais non ! à 200 mètres du sol de boche redresse et file à toute vitesse vers ses lignes, laissant le pauvre DE LA CHAPELLE littéralement soufflé.

Il le poursuit  néanmoins sans trop d’espoir , quand il voit tout à coup deux avions de la trois, bientôt suivis d’une troisième qui piquent comme des brutes et qui grâce à leur excès de vitesse commencent à rattraper le fuyard. L’un d’eux même, c’est VILLEY, est vite en position de tir. Il va le descendre sûrement quand tout à coup son équipier le sergent DIETRICH s’approche de lui et ... l’encadre Les deux avions giclent en l’air et s’abattent (ils étaient à 300 mètres du sol) tandis qu’un parachute s’ouvre. Pouvons-nous encore conserver quelques espoirs ? Hélas ces moments d’attente sont si pénibles.

            Le soir, nouvelle protection monstre de quatre Potez sur le secteur de Craonne-Attigny : c’est PLUBEAU  qui emmène les trois patrouilles de l’escadrille, qui sont cette fois en protection de la 3e et sont accueillis par un feu de Flack plus important que ce matin. Tout à coup la D.C.A. française tire sur un avion boche de reconnaissance qui rentre précipitamment dans le nuage d’où il venait de sortir Et c’est au tour  de trois MW-109 de se montrer seul PUDA les voit, les attaque, tire une centaine de cartouches ce qui n’a pour résultat que de les renvoyer d’où ils étaient sortis. PUDA les perd, il perd également ses amis et revient tout seul au terrain, où il retrouver DE LA CHAPELLE qui, malade a du quitter la formation.

            La troisième escadrille est en deuil : le Capitaine GUIEU en faisant une reconnaissance en rase-mottes à aperçu le corps de VILLEY reposant à coté de son parachute. DIETRICH a été retrouvé par les gendarmes mort dans son avion, tué par balles. Personne ne comprend cette énigme que ne sera jamais résolue.

LUNDI 24 MAI 1940

            Depuis quelques jours nous sommes survolés par des avions de reconnaissance ennemis. La D.C.A. entre en action sans succès naturellement Nous mettons ce matin une patrouille en l’aire sur un message qui parait intéressant TESSERAUD, PUDA et JAUSSAUD décollent très rapidement mais aucun résultat.

            le soir une mission ridicule demandée par l’armée de terre : couverture sur le secteur Epernay-Reims à la chute du jour, en prévision de bombardement possible sur de grandes unités qui doivent débarquées dans ce secteur. Le sous-lieutenant PLUBEAU emmène les patrouille qui croisent pendant une heure et demie sans voir quoi que ce soit.

MARDI 24 MAI 1940

            La journée ne commence pas trop mal : le salaud (ou bien son frère) qui venait nous épier depuis quelques jours a été enfin descendu. Bravo pour la patrouille d’alerte, BAPTIZET, PUDA et de la FLECHERE.

            La patrouille d’alerte était donc en place de matin à 4 h 30. C’es le lieutenant VINCOTTE qui était au P.C. lui aussi levé à l’aube mais sans espoir de voler. La patrouille décolle à priori après tout ça vaut bien ça. Rien jusqu’à 5 h 30. Il y a bien un DO.17 signalé dans les environs, mais les renseignements sont vagues et difficilement exploitables. Tout à coup la D.C.A. le voit et le signale à la patrouille (il est à 4.000 mètres), en encadrant PUDA qui se trouve à 5500. Quoiqu’il en soit ne voit rien. Mais à 5 h 30 au moment précis ou la radio l’indiquait la patrouille le repère qui débouchait des nuages. BAPTIZET et PUDA se précipitent à l’attaque, tandis que DE LA FLECHERE fort judicieusement se porte en couverture.

Le D.O.-17  se voyant pris se réfugie dans les nuages en piquant, mais il est bien obligé d’en sortir et il pique jusqu’au sol poursuivi sans arrêt par BAPTIZET et PUDA qui ne cessent de le mitrailler. La fin est proche : PUDA le voit entrer dans un arbre que lui-même évite de justesse et s’écrase au sol assez près d’Attigny.

            Excellent début de journée donc : au fond il y avait longtemps qu’on n’en avait pas descendu. Félicitations particulières au benjamin des pilotes, j’ai nommé DE LA FLECHERE pour son esprit sportif : il n’a pas absolument tenu à tirer sur cet avion pour participer à l’homologation : il a parfaitement compris son rôle d’équipier en surveillant le ciel, tandis que les deux autres (et ils étaient bien assez) descendaient le boche. Vous n’aurez pas toujours ce rôle ingrat rassurez-vous.

            L’alerte continue à être prise dans les mêmes conditions pendant toute la journée. Les pilotes se succèdent toutes les deux heures dans les trois avions qui restent sur la piste, bien au chaud, loin du PC.. du groupe d’où on actionne la sirène qui donne le signal de départ.

            Rien à signaler jusqu’à 18 heures. A ce moment on voit passer un superbe Junkers, juste à la verticale de la piste à 2.000 mètres à peine. TESSERAUD de la CHAPELLE et de la FLECHERE qui sont d’alerte à ce moment décollent en deux minutes. Il va peut-être y avoir du beau sport Malheureusement le boche qui venait de la direction de Vitry-le-François fait un beau demi-tour tandis que la patrouille le cherche vers l’est où il se dirigeait tout à l’heure. Naturellement la D.C.A. le signale par coups de canon là où il n’est pas et TESSERAUD a beau écouter la radio, elle ne marche pas. Une belle occasion manquée sans compter qu’il nous a probablement très bien repéré et qu’il se pourrait fort bien qu’un jour prochain nous dégustions quelques bombes.

            A 18 heures 30, une patrouille double décolle sous les ordres du commandant BORNE à la recherche d’un Henschel 126 que les troupes en ligne nous demandent d’abattre (simplement) aux environs de Rethel-Attigny et Château-Porcien.

            Retour très tard dans la soirée à 20 heures, sans avoir rien vu.

            Le lieutenant VINCOTTE repart en Potez 58 à Xaffevillers. Le cher capitaine DURAT l’accompagne (on ne sait même pas lequel des deux pilote). Il va chercher l’un des derniers Curtiss qui y étaient restés et il va voir en effet qu’il ne faut pas perdre tout espoir d’y revenir un jour.

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

 

MERCREDI 29 MAI 1940

           Le lieutenant VINCOTTE revient de Xaffevillers, avec le 153, tout est bien calme dans les  Vosges. Il n’y a plus aucune chasse amie dans le secteur et quelques boches passent au dessus de la piste impunément, au grand désespoir de nos amis de Roville.

Dans l’après-midi, la comédie du « Papillon » signalé par les troupes de terre est rééditée. Le sous-lieutenant FAUCONNET, le lieutenant GIRARD et le sergent chef JAUSSAUD partent avec une patrouille de la trois pour rechercher et détruire un Henschel qui se balade aux environs de Rethel. Le plafond nuageux facilite à merveille une marche d’approche type « surprise ». Nos patrouille entendent le boche qui raconte on se sait quoi à la radio. Il est aperçu tout à coup dans un véritable défilé nuageux. La trois attaque, tandis que les nôtres le perdent dans ce labyrinthe et sont obligés de rentrer tout seuls au terrain. La patrouille de la trois  a eu plus de chance – tout est relatif –  elle l’a poursuivi longtemps, l’a arrosé copieusement, sans pouvoir toutefois l’abattre.

           Pendant ce temps, la patrouille d’alerte qui, naturellement, continue son même service, décolle sous les ordres du lieutenant VINCOTTE sur un DO.-17 signale dans la région de Révigny. Elle monte à 7.000 mètres, la radio marche remarquablement bien, mais ce sont les renseignements qu’elle passe qui sont déconcertants. A Revigny, on nous dit qu’il faut aller à Saint Dizier. Bien compris. Arrivés, là, c’est à Vitry-le-François qu’il faut aller. Il parait même qu’on bombarde. On se dépêche de franchir les quelques kilomètres qui nous en séparent. Avant d’y être, on nous passe que c’est à Bar-le-Duc qu’ils sont. Et naturellement quand on arrive à Bar-le-Duc, on ne voit personne. C’est absolument charmant. Et après ça comment voulez-vous être poli à la radio.

JEUDI 30 MAI 1940

Mission de destruction et de protection de troupes en embarquement sur le secteur de Villeneuve les Vertus-Thillie : de 19h.30 à 20h. 30 deux patrouilles qui, sous les ordres du commandant BORNE, vont relever deux patrouilles de la trois, L’activité au sol, quoique vue de 3000 mètres parait considérable, mais rien ne vient la troubler. Tout le monde revient au terrain dans le crépuscule doré d’une journée qui s’achève.

            Le capitaine ENGLER et le lieutenant GIRARD vont à Auxerre en Potez-58 pour y rechercher le 97 et le 130. Au retour, le capitaine ENGLER se paye un petit exercice de navigation en appliquant le vieux principe « à moi les compas, je m’assoie sur la carte » (au sens propre du mot). Le résultat est vite obtenu. Il va en ligne droite à Neufchâteau. Comme les noms sont effacés sur les panneaux des gares, il doit se poser pour demander où il se trouve.

VENDREDI 31 MAI 1940

                       La visibilité « laiteuse » d’hier soir a permis à un ME-109 de se perdre dans les environs : il s’est posé , entièrement à cours d’essence, à Blesme Le commandant ROZANOFF va l’y chercher et le ramène sur le terrain d’Orconte. Il en profite pour faire une petite séance de démonstration fort intéressante. Il n’a oublié qu’une chose, avertir le groupe de chasse voisin que cet avion à croix noires n’avait rien d’un pigeon. Et justement pendant sa séance d’acrobaties, il y a une patrouille double de nos voisins qui …….

On maquille un peu le taxi, et en fin d’après-midi, le commandant le conduit à Orléans. FAUCONNET l’y accompagne, avec CASENOBE de la 3.

            TESSERAUD part à Xaffevillers rechercher le dernier avion qui y restait encore. Et puis il faut absolument qu’il aille prendre la livraison de son nouveau costume à Rambervillers.

            A part ça, une mission ridicule de couverture sur le secteur d’hier (ou à peu près) au cours de laquelle rien n’est à signaler. A l’arrivée sur le secteur nous relevons des Hurricane qui patrouillent d’une façon très serrée.

 

 Juin 1940