LUNDI 11 MARS 1940

 

Depuis plus de quinze jours nos ailes se reposent à Marignane. Avouons que nous avons été déçus. Ne devons-nous pas prendre l’alerte pour « pigeonner » un hypothétique « douteux » qui survolerait Marseille. Enfin, soyons philosophes, et laissons le commandant de la base deux étoiles maugréer contre les phonographes qui hurlent toute la journée dans les salles des pilotes du Groupe.

 

Les officiers logent à Marseille, beaucoup de pilotes aussi. Certains préfèrent la campagne, d’autres profitent de ce repos pour partir en permission. La mécanique se donne. Elle remet à neuf nos Curtiss. Le lieutenant JOMBARD, le sympathique officier mécanicien du Groupe, s’est débattu comme un diable (pas obligatoirement rouge) pour avoir de la peinture, et toute la journée, on entend dans notre superbe hangar le compresseur d’air qui souffle comme Eros dans le pistolet à peinture. Quelques vols; quelques essais de moteurs permettent aux pilotes anciens de se tenir la main et aux jeunes de montrer ce qu’ils savent faire. Car les Petits Poucets se rajeunissent. Ils viennent d’accueillir parmi eux le S.C JAUSSAUD et le sergent de la FLECHERE, tous deux frais émoulus du C.I.C de Chartres. Un grand coup de  champagne bu en commun aujourd’hui même, les a définitivement intégrées dans le sein des vieux. JAUSSARD allie à une expérience du vol déjà ancienne ( c’est un réserviste qui n’a eu qu’à se remettre en main le Curtiss pour être à la page), une bonne humeur, paraît-il traditionnelle, que nous avons eu plaisir de voir se dégager déjà. De la FLECHERE est plus réservé. Ne l’en empêchons pas. Enfin, tous deux brûlent disent-ils d’être dignes de leurs aînés.

 

MERCREDI 20 MARS 1940 

 

Même atmosphère sympathique à l’intérieur du GROUPE. Et pleine de méfiance dans les relations extérieures ( c’est-à-dire les services de la base) Non. Décidément nous ne pouvons pas nous habituer à nous faire engueuler parce qu’au retour d’un exercice de vol, rasant sur les batteries de D.C.A. des environs, nous faisons un exercice identique sur le P.C. du commandant de la base.

 

Le lieutenant DUPERRET a ramené vendredi le dernier Curtiss des Petits Poucets qui fut encore resté à Xaffevillers. Toute l’écurie est là maintenant VINCOTTE et le sergent de la CHAPELLE sont allés en ligne droite, à Cannes, l’un pour saluer sa grand-mère, l’autre sa mère. Eh! Eh! Ne savez-vous pas que cette bonne grand-mère prépare une surprise aux Petits Poucets? Mais chut. Nous en reparlerons. Le lieutenant VINCOTTE, qui aime les exercices de navigation, a fait, avant-hier, un petit déplacement rapide sur Dijon-Marignane, Motif. Convoqué à une grande réunion des commandants de Groupes de Chasse, le Commandant de Groupe est distrait et a simplement oublié tous ses papiers et documents. Et l’entraînement de nos jeunes espoirs se poursuit fiévreusement : De la FLECHERE paraît en baver en patrouilles serrées. Les biroutiers (car on refait du tir sur manche), n’ont pas perdu leur bonne habitude d’arriver en retard sur l’axe. Et enfin les jeunes équipiers, maintiennent les bonnes traditions, à savoir : Perdre leur chef de patrouille. N’est-ce pas, de la FLECHERE.

 

VENDREDI 22 MARS 1940

 

L’escadrille se complète et s’étoffe. Voici encore un nouvel arrivé que les anciens connaissent : Le sous-lieutenant FAUCONNET qui sort des E.O.A. est affecté. Nous nous réjouissons d’accueillir un vieux chasseur qui « a eu gardé l’enthousiasme de la jeunesse ».

 

Le sergent-chef JAUSSAUD a des talents de poète, et de compositeur indiscutable. Il voudrait pour l’escadrille une « Ballade du petit Poucet » que tout le monde puisse chanter juste. Ca sera dur. Le lieutenant VINCOTTE  paraît aimer de plus en plus Cannes. Il est reparti mercredi pour en revenir le lendemain : En principe pour représenter le Groupe 2/4 à une cérémonie gastronomique officielle du 2/5. Au départ on lui a rappelé de penser aux « Petits Poucets » s’il restait du champagne. Et à son retour on le voit sortir de la soute à bagages de son avion un grand sac…  « Ca y est, dit JAUSSAUD, champagne? Cigares? » 

 

C’est mieux que cela. Joie intellectuelle, annonce-t-il et il sort délicatement de la gaine de soie qui l’entourait , un magnifique fanion où en or sur fond noir, se profile le Petit Poucet, Symbole de l’Escadrille, le cadeau de la grand mère qu’il faudra remercier officiellement au nom de l’Escadrille au cours d’une prochaine liaison …

 

L’adjudant PLUBEAU doit partir en permission. Les décorations françaises ne lui suffisent plus. Et il est fier d’être proposé pour une distinction anglaise, ainsi que l’adjudant VILLEY de la maison voisine … Le gouvernement de sa Majesté «  tient » paraît-il, absolument à récompenser ces aviateurs français.

 

 Avril 1940