3 SEPTEMBRE 1939

Hier matin les murs de Roville étaient placardés d’affiches annonçant la mobilisation générale, ce soir à 17h. la France est déclarée en état de guerre avec l’Allemagne (l’Angleterre l’était depuis 11 heures). Ces tristes nouvelles ne nous ont pas empêché de continuer notre installation qui, inexistante le jour de notre arrivée commence à prendre tournure. Tout le monde à fourni un gros effort, en particulier le personnel mécanicien qui, sous la direction de son chef, le sergent-chef LANSON a réalisé des merveilles. Les avions sont enfin camouflés efficacement, les alvéoles ont été approfondis et les branches d’arbre coupées nous ont mis sur le dos le chef du service des Eaux et Forêts. Le bar de l’escadrille qui, au début, était installé en plein vent sous deux gros arbres, est maintenant recouvert d’une toile de tente et possède un ameublement qui, pour être de fortune n’en est pas moins agréable;  nous n’insistons pas sur la façon dont les planches qui ont servi à construire les tables ont été achetées. Quoiqu’il en soit son chiffre d’affaires a considérablement augmenté et maintenant à toute heure du jour on peut y prendre casse-croûte, œufs variés et bière. Le lieutenant GIRARD fait installer un réfectoire pour les hommes : quatre tables. Les sous-officiers mangent sur les tables du bar. La soupe, amenée de Roville par la roulante, fait le tour du terrain et est distribuée sans distinction de grades à tout le personnel du Groupe. L’installation à Roville a aussi évolué, tout le personnel du Groupe est maintenant lôgé dans un ancien couvent désaffecté. Le lieutenant DUPERRET, officier de tir du Groupe, a profité de cette semaine pour construire, avec l’aide de réservistes, une butte de tir au nord-est du terrain, près de la corne du bois de sapins occupée par les avions de la 3me escadrille. Le 1er septembre, nous avons eu le plaisir d’apprendre que les sergents LE CALVEZ et WERNERT étaient reçus à l’école de Versailles.

7 SEPTEMBRE 1939

Première mission de guerre de l’Escadrille (et du Groupe aussi). La plupart des pilotes qui n’ont pas volé depuis quinze jours commençaient à avoir des démangeaisons dans les mains, aussi les trois patrouilles qui sont demandées sont-elles particulièrement appréciées.

Elles comprennent :

1° le capitaine CLAUDE, adjudant PLUBEAU, aspirant LE CALVEZ ; 2° l’adjudant BAPTIZET, sous-lieutenant GIRARD, sergent DE LA CHAPELLE ; 3° L’adjudant TESSERAUD, sergent GABARD.

Missions de protection décevantes pour tout le monde, puisque le ciel était vide et que le vol n’a été, en fait, qu’une reconnaissance des lignes. Nous ne signalerons qu’une chose : quelques tirs de D.C.A. vers Landau. Le Potez 63 de l’Escadrille, piloté par le sous-lieutenant DUPERRET est parti également sur les lignes effectuer une reconnaissance que le colonel COCHET  commandant des Forces Aériennes de la 5ème Armée, à laquelle est rattaché le Groupe, désirait faire personnellement. Sans protection, le colonel COCHET a survolé, à l’altitude de 2.000 mètres, les lignes ennemies de Zweibrucken à Offenburg, avec des pointes avancées sur Karlsruhe et Rastatt. La défense arrière du Potez était assurée par le radio-navigant adjudant GERBET.

8 SEPTEMBRE 1939

Journée de gloire du Groupe, de déception à l’Escadrille. La 3me Escadrille, plus heureuse que nous, a la joie de rencontrer pour la première fois des Boches et de descendre deux Messerschmidt. A la Quatre, bien que 11 avions aient participé à des protections, rien n’est à signaler.

9 SEPTEMBRE 1939

            Neuf sorties d’avions à l’Escadrille ou rien d’important est à signaler, si ce n’est une mise en vrille involontaire du commandant d’escadrille qui, au cours de sa descente, a tiré sur la gâchette de ses mitrailleuses, pendant que ses équipiers fouillaient le ciel en cherchant l’ennemi, contre lequel il combattait.

Un accident navrant a endeuillé aujourd’hui la 3me Escadrille. Le sergent JEAN, décollant avec le plein complet d’essence sur le terrain lourd, s’est mis en vrille à 100 mètres d’altitude, et s’est écrasé au sol où son avion a pris feu.

10 SEPTEMBRE 1939

Au cours de deux missions de protection comprenant huit sorties, rien n’est à signaler. A Roville se déroule les obsèques du sergent JEAN, au milieu de l’émotion du Groupe entier auquel s’est joint la population de Roville.

11 SEPTEMBRE 1939

En début de journée à l’Escadrille, le capitaine CLAUDE, au cours d’une cérémonie toute intime, lit la deuxième citation de GUYNEMER, mort au champ d’honneur il y a 22 ans.

Est-ce son souvenir qui, planant sur les pilotes de la 4, les a fait rencontrer pour la première fois les avions ennemis ? Dès l’arrivée de la patrouille de l’adjudant PLUBEAU-adjudant BAPTIZET-sergent DE LA CHAPELLE sur le secteur Wissembourg-Lauterburg, vers 11 heures, PLUBEAU aperçoit au loin trois chasseurs ennemis qui piquent dans leurs lignes et disparaissent sans espoir de poursuite. Mais, à 11 h 20, nos trois pilotes sont attaqués dans le soleil – comme il se doit -  et 3/4  arrière par 3 chasseurs ennemis ( des Henkel 112 ??).

Tout le monde fait face avec brio. Les Allemands paraissant peu gonflés n'insistent pas, et profitent de leur vitesse obtenue dans le piqué d'attaque pour s'enfuir à tire d'aile vers l'Est.

Pas de résultats peut-être, mais de la joie, de la mise en confiance et de gros espoirs pour de prochaines missions.

Au retour d'une mission qui a lieu après-midi, l'adjudant PLUBEAU roule dans un trou, efface la jambe gauche du train et froisse le plan. Décidément le terrain n'est pas des plus réussi. De nombreux trous provenant souvent de l'affaissement de drains mal posés, jalonnent la piste : il faudra qu'une équipe le parcoure pour repérer et boucher tous ces trous. Déjà les soutes situées en bordure de la route nationale sont d'un abord impraticable.

Le matin, le sergent BOYER, sans autre excuse de celle de se croire à 50 cm. alors qu'il est encore à 3 mètres du sol, décroche et froisse le plan gauche de son avion.

24 SEPTEMBRE 1939

Malgré quelques sorties sur les lignes, depuis 13 jours rien n'a été particulièrement saillant dans la vie de l'escadrille, et il faut les évènements de ce dimanche pour secouer la monotonie des journées d'automne (le temps en est la cause).

Toutefois signalons, le 16 Septembre, l'arrivée au Groupe de l'adjudant DARDAINE, venant de Villacoublay qui, à des qualité "saxophoniste sans saxophone", jouant de réelles qualités de pilote. Il s'entraînera très vite sur Curtiss et dès aujourd'hui remportera, nous le verrons bientôt une victoire splendide.

Aujourd'hui donc, à 14 h 40, décollent 2 patrouilles en mission de protection à 1500 m. sur le secteur Eppembrum-Hornbach composées comme il suit :

Adjudant PLUBEAU, aspirant CALVEZ, sergent de la CHAPELLE, Lt DUPERRET, adjudant DARDAINE et adjudant TESSERAUD. Arrivée sur le secteur à 15 h. et à basse altitude à cause du plafond, rien n'est à signaler jusqu'à 15 h 30. A ce moment, l'adjudant PLUBEAU voit l'ennemi sous la forme de 6 ME-109 qui se trouvent à l'Est d'Hornbach. Par radio tout le monde est alerté : " Attention, préparez vos mitrailleuses, voilà les Fritz". Le combat s'engage immédiatement, les patrouilles s'attaquant de face. Très rapidement, l'avantage est pris par PLUBEAU et les siens. En 10 minutes, 2 avions ennemis sont abattus, l'un tombe dans les lignes françaises, abattu par l'adjudant DARDAINE, l'autre est descendu par l'adjudant PLUBEAU au sud de Pirmasens. Mais au cours du combat le sergent de la CHAPELLE a été touché. Son avion est en feu. Avec décision, il revient en rase mottes dans nos lignes et là, après une superbe chandelle, se laisse tomber en parachute et atterrit en territoire français, à 800 m. des lignes où il est reçu a bras ouverts par nos fantassins.

Tout le monde se regroupe et revient sur le secteur. A 15 h. 45, nouvel engagement sans résultats surs, quoique les adjudants TESSERAUD et PLUBEAU aient chacun poursuivi un avion ennemi à 50 mètres dans la queue jusqu'à épuisement complet des munitions et aient observé des fuites d'eau ou d'essence significatives.

Bref, tout le monde est sauf, et, à part de la CHAPELLE, rentre au terrain. Le Lt DUPERRET a son avion touché par de nombreuses balles et un obus de petit calibre. L'adjudant DARDAINE, en plus de sa victoire, ramène aussi des balles.

Le soir, au Mess des sous-officiers, cette glorieuse journée s'arrose dans la joie..

Il est à signaler que le Lt JOSSE, un as de l'armée de terre attaché a la Commission d`Armistice, qui, du sol, a assisté au combat, dit n'avoir jamais rien vu de si beau et certifie avoir vu 4 avions allemands s'abattre et percuter au sol.

25 SEPTEMBRE 1939

Journée de joie qui voit le retour du sergent de la CHAPELLE au cours de la matinée. Il descend, superbe et triomphant d'un Caudron-Luciole qui l'a pris à Sarre-Union. Mais aussi journée de deuil pour les Petits Poucets qui ont perdu leur capitaine. Au cours d'un combat inégal, contre 3 chasseurs ennemis, il a réussi à abattre l'un d'eux non loin de SURBOURG, mais il a du sauter en parachute, son avion étant désemparé. Au cours de la descente, il a été lâchement tué par deux chasseurs boches.

Parti à 10 h 50 à la tête d'une patrouille formée en outre de l'adjudant BAPTIZET et de I'Adjudant TESSERAUD, il arrivait sur le secteur Bergzabern-Hagenbach à 11 h 25. Sur le même secteur, 2 patrouilles du G.C. 1/4 et une patrouille de la 3me escadrille sur un secteur voisin. Secteur calme. A 12 h., dix, salves de D.C.A. ennemie d'une dizaine d'obus qui éclatent près du chef de patrouille, à la même hauteur et en arrière. Quelques instants après, attaque des patrouilles amies par l'arrière par plusieurs Messerschmidt (nombre imprécisé). TESSERAUD a un boche dans la queue, BAPTIZET pique sur celui-ci et le dégage. BAPTIZET le suit cependant, se rapproche et tire quelques rafales. le boche pique sans se défendre, passe dans les nuages, continue à être poursuivi et, à la sortie des nuages est talonné par BAPTIZET qui tire plusieurs fois et voit son pigeon fumer et s'enflammer sur le flanc droit.

BAPTIZET voit la fumée augmenter, l'avion ennemi battre lentement des ailes. Il est lui-même aveuglé par la fumée qui se forme dans sa cabine, provenant des mitrailleuses de capot.

Le Boche est tombé aux environs de Bergzabern.

TESSERAUD pendant ce temps, a attaqué un ME-109 et l'a abattu an Nord de la Bien-Wald.

Ralliement à 12 h. 20. A 12 h25, BAPTIZET en regardant vers l'arrière, voit 2 autres patrouilles (le 1/4) aux prises avec des Messerschmidt. Il fuit du regard cet engagement et perd de vue son chef de patrouille et l'autre équipier. Isolé, il veut rejoindre les patrouilles d'accompagnement et attaque par l'avant un ME qui tournait en rond. Celui-ci, après un retournement magistral, pique jusqu'au sol, suivi par BAPTIZET qui le sonne en rase mottes et tire 1200 cartouches jusqu'au delà de la Bien-Wald. Ayant épuisé ses munitions, il rentre dans ses lignes sans être sur du sort de son ennemi.

Pendant ce temps, TESSERAUD a attaqué un ME 109 se trouvant sous lui; il se place dans la queue, tire plusieurs rafales, le boche pique jusqu'au sol et rentre dans ses lignes.

A cours d'essence, TESSERAUD et BAPTIZET, sur le chemin du retour, doivent se poser à Saverne pour prendre 100 litres d'essence.

BAPTIZET signale, à l`issue de cette mission : nous voyons très peu d'avions français sur les lignes. Pour ma part je n'ai vu qu'une fois un Mureaux rentrer et travailler. Très loin, j'ai vu un avion que je n'ai pu identifier. Ces missions de protection sont trop longues. Il semble d'autre part que la chasse ennemie travaille en liaison radio avec la D.C.A. Le secteur est entièrement calme pendant une vingtaine de minutes, et après que la D.C.A. ait tiré une salve, la chasse ennemie attaque.

Ces remarques de BAPTIZET sont fort justes et tous les pilotes sont du même avis. Il faut qu'au cours des missions futures le commandement en tienne compte.

Au cours de la soirée, la mort du capitaine CLAUDE à laquelle on ne voulait pas croire, est malheureusement confirmée.

Il a été transporté à l'hôpital d'Haguenau et ses obsèques doivent avoir lieu jeudi matin. L'émotion du commandant de groupe est intense. Il a fait appeler à son P.C. le Lt. VINCOTTE, adjoint du Lt GUIEU, à la 3ème escadrille et lui a fait part de sa décision de lui donner le commandement de l'escadrille des Petits Poucets.

Le soir, au Mess des sous-officiers, une minute de recueillement est observée en souvenir du Capitaine CLAUDE. La joie est absente, mais le drapeau qui flotte fièrement au sommet de son mât, près du P.C. du Groupe, est toujours pour nous une raison d'espérer.

26 SEPTEMBRE 1939

Pas de vol aujourd'hui. Le Lt VINCOTTE prend le commandement de l'escadrille qui lui est présentée à l'heure du rapport par le Sous-Lt DUPERRET.

27 SEPTEMBRE 1939

Deux missions exécutées par temps couvert. Au cours de la deuxième mission, mission de protection, la patrouille qui groupait les adjudants TESSERAUD, BAPTIZET, le sergent de la CHAPELLE rencontre à 10 h. 25, sur le Secteur Hornbach-Walschbrom, 3 ME-109 qui attaquent l'adjudant BAPTIZET. La patrouille entière contre attaque et les 3 Messerschmidt sont abattus...

Hitler ayant déclaré au cours d'un discours que seuls 11 avions allemands avaient été abattus par l'ennemi, 11 avions seulement furent homologués aux pilotes français.

Deux de ces avions ont été homologués aux 3 pilotes de la patrouille (4ème et 5ème victoires homologuées de l'escadrille), le 3ème est considéré comme abattu et non homologué - 3ème avion abattu et non homologué - (après renseignements communiqués par les troupes à terre).

28 SEPTEMBRE 1939

Le temps est superbe, quoique très froid. Le matin, les hommes de garde apprécient assez peu le climat hivernal.

Pas de vol pendant la journée : Les officiers du groupe et les adjudants BAPTIZET, PLUBEAU, TESSERAUD sont à Haguenau, aux obsèques du Capitaine CLAUDE. Cérémonie émouvante au cours de laquelle le Colonel COCHET prend la parole très simplement et retrace la carrière du glorieux disparu.

En passant par Saverne, au retour, ils apprennent qu'un ME-109 s'est posé en panne d'essence à Brumath.et vont l'étudier de près, petit avion genre Caudron de chasse mais remarquablement armé par 4 mitrailleuses et 4.000 cartouches (calibre 7,9 mm. ) dont 3 sur 4 sont perforantes incendiaires.

29 SEPTEMBRE 1939

Lever à 5 h. 30 .... Le Ministre de l'Air accompagné de "Hautes personnalités militaires" arrive sur le terrain à 9 H. escorté par 3 P 631 (Capitaine POUYADE) . Quelques bonnes paroles. Des félicitations et la remise de la médaille militaire (la première depuis la guerre) au sergent de la CHAPELLE pour son attitude courageuse de dimanche dernier.

10 h 50 - 2 patrouilles sur BITCHE :

Adjudant PLUBEAU                          Lt VINCOTTE

Lt DUPERRET                                   Capitaine ENGLER

Adjudant TESSERAUD                      Adjudant BAPTIZET

à ... 7.000 mètres et 8.000 m, rien à signaler sinon que le capitaine ENGLER perd son chef de patrouille; mais tout le monde se rassemble au point de ralliement.

Après-midi : Le Lt GIRARD essaie sont avion (n° 110 ) qui avait été endommagé le 24 Septembre par le tir de la D.C.A. alors que le Lt DUPERRET était aux commandes.

30 SEPTEMBRE 1939

Le temps est toujours superbe. Départ à 10 heures des deux patrouilles (en fait le départ prévu à 10 h. 30n'a eu lieu qu'à 10 h. 45)pour le secteur de BITCHE ... toujours le même. Ces deux patrouilles sont ainsi constituées:

Adjudant TESSERAUD          Adjudant PLUBEAU

Capitaine ENGLER                 Sergent de la CHAPELLE

Lt GIRARD

Ce secteur permet à l'adjudant PLUBEAU de se distinguer pour la 3ème fois. Je lui laisse le soin de nous raconter comment il rapporta la 9ème victoire de l'escadrille :

« Le commandant d'escadrille me fait trop d'honneur, n'étant ni poète ni même narrateur, je suis bien embêté ...

Nous devons assurer la protection du secteur situé plus haut, de 11 heures à 11 heures 20.

Jusqu'à 11 heures 20, quelques salves de D.C.A. assez imprécises. Malgré l'heure de fin de mission, un avion d'observation P 63 continue à travailler chez l'ennemi jusqu'à 11 h. 28. Nous le protégeons. Le P 63 sort des lignes, se dirige vers le Sud. L'adjudant TESSERAUD et sa patrouille passent à l'Est des Vosges... ?

Depuis quelques instants, je surveille 3 Messerschmidt qui se trouvent vers Sarrebruck. Mon équipier surveille 2 patrouilles de 3 ennemis du même type qui sont vers Pirmasens.

Je rentre en faisant de nombreux changements de direction afin d'éviter la surprise par l'arrière. Nous sommes au SW de Bitche, le sergent de la CHAPELLE me fait le signal : Ennemis en vue. J' aperçois celui-ci immédiatement. IL se dirige S. à grande vitesse dans la formation suivante : en tête un avion, 150 m. derrière un autre avion, un au-dessus ( vu par de la CHAPELLE puis à 400 m. et légèrement au-dessus, une patrouille de 3 bien groupée.

Nous avons le temps de prendre l'altitude et de nous placer dans le soleil . L'ennemi ne semble pas nous voir. Mon équipier attaque le chef de la patrouille, je prends son suivant. De la CHAPELLE tire, le ME vire à droite (W) et vient se placer sous sa patrouille de protection. Je veux éviter que l'avion qui est devant moi tire sur mon équipier. Je tire quelques cartouches sur lui. Il vire à gauche (Est). Je me suis rapproché, je tire une courte rafale pendant son virage; Je crois que la salve a porté. Je vire également et plus vite que lui; je suis rapidement dans sa queue à une distance de 120 à 140 mètres, j'appuis sur la détente; immédiatement de grosses fumées noires sortent des deux côtés du fuselage; elles s'amplifient. Ila le feu.

L'allemand pique plein est, nous sommes au sud de Bitche, vers 3.000 mètres. Je laisse mon adversaire à son destin pour aller porter secours à mon équipier qui, resté seul contre 5 doit être en difficulté.

Je ne retrouve ni l'équipier ni les ME. Je vais au point de ralliement : Personne. J'attends 2 minutes, puis je rentre.

De la Chapelle est déjà rentré, il s'est dégagé par des virages en montant. Notre matériel est donc, pour le combat, supérieur à celui d'en face. C'est seulement après mon atterrissage que j'ai appris que les 6 ME attaquaient les Potez 63 qui s'étaient un peu attardés. »

Après-midi une patrouille double travaille sur le secteur Altenstadt-Schreibenhardt de 17 h. à 17 h. 20 à 5.500 mètres. Elle arrive en renforcement d'une patrouille double de la 3ème escadrille qui se trouve sur le Secteur depuis 10 minutes déjà;

on espère ainsi déjouer les Boches qui, dirigés par radio, envoient un nombre de chasseurs légèrement supérieur à ceux des nôtres qui s'y trouvent.

«  Nous arrivons alors que la 3ème escadrille bagarre, mais elle est si bas que nous ne la voyons pas, nous l'entendrons par radio et l'adjudant PLUBEAU pique en entraînant tout le monde sur 3 Curtiss, reconnus aussitôt d'ailleurs. Au même moment, le capitaine BORNE, équipier du sous-Lt DUPERRET et qui patrouille à plus de 6.000 mètres, se met en vrille et entraîne avec lui l'adjudant BAPTIZET qui croit déjà à une nouvelle attaque et à une nouvelle victoire. Enfin, tout le monde se retrouve au point de ralliement et rentre au terrain sans histoire. »

Au cours de cet engagement la 3ème escadrille a abattu 2 avions. (Capitaine GUIEU et adjudant VILLEY).

 

 Octobre 1939