2 Janvier 1940 – C'est aujourd'hui qu'on commence vraiment l'année – Protection du secteur HORNBACH – HILST. Pour nous, c'est-à-dire quelques Curtiss = 2 patrouilles de l'Escadrille dont la seconde menée par le Lieutenant VINCOTTE protégeant les Morane (2 patrouilles) et au dessus la 4 (3 patrouilles) pour nous, donc rien que le ciel. Pour les Potez encore moins : un coup pour rien, une fois de plus.

 

10 Janvier 1940 – Depuis tout ce temps un coup de froid maison avec verglas et tout – Brouillard et plafond bas. Le Commandant des Etapes, le Commandant MERCIER Offre un service à thé. si l'on veut, car les tasses sont un peu grandes – Vraiment magnifiques – Une tasse pour chaque pilote avec un superbe Diable campé sous vos yeux, et sur la soucoupe, itou. Et tout le monde remercie et envoie ses vœux à la plume-que-veux-tu. Ce climat ne nous vaut rien – successivement disparaissent de la circulation pour reparaître après " replâtrés " : moi même, puis les deux Adjudants VILLEY et TARROQUE, " Lumignon " lui même et COISNEAU sont un peu touchés. Le grand barbu (CRUCHANT) semble inébranlable sous sa peau de bique et malgré quelques côtes fêlées et un genou tordu participe à toutes les missions, qui se succèdent maintenant à une cadence plus vive.

 

11 Janvier 1940 – Chasse libre, à 2 patrouilles de la 3 – " Un coup je te vois un coup je te vois pas ? " – Même pas : pas de pot : 2 coups de suite " je te vois pas ".

 

12 Janvier 1940 – Couverture du terrain et protection – Toujours seul dans le ciel trop bleau – Sur fin de mission un Potez s'offre sous les yeux des Germains une petite séance d'accro protégé par une vingtaine de Curtiss et Moranes.C'est assez inutile ce petit sport, mais si le Potez est de bonne humeur j'espère que la mission a été réussie. Voilà deux mois qu'on essaie de rapporter ces photos et de ramener leur auteur sain et sauf. Serait-ce la partie finale ?

 

13 Janvier 1940 – Il faut le croire puisque ce matin sous le même ciel inlassablement méditerranéen d'autres ordres nous sont donnés – On opère du côté de STRASBOURG maintenant – Protection toujours. Comme VILLEY est encore malade, le capitaine ENGLER, mène une de nos patrouilles à travers ce paysage tout feutré de blancheur dorée, glace, givre ou neige résiduelle, au delà des montagnes, jusqu'au fleuve. Mais à peine installée dans ce coin de ciel nous devons déménager : le Potez a vu quelque chose de pas correct           - On rentre – Il s'agissait simplement de 20 ou 30 Messerschmidt – on ne sait plus – qui nous attendaient s/la BEINWALD, secteur qui avait été primitivement envisagé pour la même mission ! Indiscrétion ou coïncidence, le saura-t-on jamais ? …

 

14 janvier 1940 – Arrivée à l'Escadrille du Sous-Lieutenant GUILLON, qui renforcera, il en est bien temps, l'effectif de l'Escadrille. Un premier vol d'entraînement le soir même, et le lendemain matin le pot d'arrivée traditionnel, au bar, avec les pilotes et les mécanos.

 

19 janvier 1930 – Il neige toujours – Une mission cet après-midi avec le 3/7 Protection à 25 par un temps à traînées. Nous faisons à force de nous retourner dans tous les sens, à notre étage, un petit plafond nuageux qui persiste et nous masque de temps à autre l'horizon. C'est assez amusant pourrait-on penser … et le Lieutenant GUIEU de retour aujourd'hui nous fait une rentrée un peu brutale. – nous ne sommes pas exactement au minimum de la température, mais nous n'en sommes pas éloignés, et il y a belle lurette que les tas de fumier de ROVILLE aux CHENES ont cessé de répandre leur arôme de belle saison.

 

21 Janvier 1940 – Froid pelard et neige – Une " très jolie " pointe du 2/5 jusqu'à nous, par la route : Lieutenant BUVET, Lieutenant VILLACEQUE, Adjudant BROUTIN, Lieutenant POMMIER (Je vous renvoie aux textes autographes de nos visiteurs le cahier de l'Antre, où ils burent force pots …)

 

25 Janvier 1940 – Une petite mission aujourd'hui, renforcée par le 2/6 et plus rien – Il semble qu'on s'endorme pour l'hivernage. On a même parlé un moment du départ du groupe pour la Côte d'Azur. On a même chargé tout l'échelon roulant du Groupe d'urgence, le 29 on a tout liquidé vis à vis de cette bonne compagnie de l'Air … Le linge sale s'est accumulé, la neige s'est mise à tomber, puis nous avons subi l'honneur du dégel, ce terrain devenu mauvais, puis a regelé, et aujourd'hui 7 février, jour où je lâche les pédales (Le Lieutenant GUIEU rentre de permission exceptionnelle, Madame GUIEU ayant été gravement malade) l'échelon roulant n'est pas encore débarqué. On dirait vraiment qu'on hiverne. Mais que d'événements nouveaux à ce jour. Applaudissons s'il nous est permis à la promotion du Capitaine BORNE au grade de Commandant, et à la discrète métamorphose de notre diable chef, qui partit Lieutenant nous est revenu Capitaine.

- CUNY -

 

-  Tous les pilotes et mécaniciens applaudissent au retour du Diable chef Capitaine. Il a lu la joie de tous dans nos yeux. Ardent, courageux dit sa première citation ; modeste disent ses pilotes. Nous sommes fiers de cette nomination comme nous avons été heureux et fiers de lire :

 

ORDRE GENERAL N° 6

 

Le Général d'Armée Aérienne MOUCHARD, commandant la 1ère Armée Aérienne cite
                        à l'Ordre de la 1ère Armée Aérienne

                        Le Lieutenant G U I E U Régis,

               de la 3° Escadrille du Groupe de Chasse II/4

 

" Brillant chef d'Escadrille, ardent et courageux. Le 30 septembre, alors qu'il assurait une mission de protection avec une patrouille de son unité, a abattu un avion ennemi qui s'est écrasé en flammes à proximité de nos lignes. "

 

                                                                        Le Général d'Armée Aérienne MOUCHARD

 

 

ORDRE GENERAL N° 6 (suite)

Adjudant Pilote VILLEY

Pierre

de la 3ème Escadrille du Groupe de Chasse II/4

 

" Brillant chef de patrouille et pilote d'une habilité remarquable. Déjà cité pour faits de guerre. Attaqué le 30 septembre 1939 par cinq avions de chasse ennemis, a réussi après un combat acharné à abattre en flammes un de ses adversaires. "

                                                                          Le Général d'Armée Aérienne

                                                                                     MOUCHARD

 

 

Mars 1940