- 1er septembre 1939 - Les Boches entrent en POLOGNE - Le processus normal se déroule.

- 2 septembre 1939 - 6 Heures - Mobilisation générale en FRANCE - "La mobilisation générale n'est pas la guerre" se répètent certains.

- 3 septembre 1939 - Déclaration de guerre à l'Allemagne - de l'Angleterre à 11 heures de la France à 17 heures - Et voilà - sans commentaires - Il faut que nous Français, dont  la position financière, diplomatique et morale...est hors de pair gagnions cette Guerre pour protéger nos foyers, nos parents, notre Pays de la fureur teutonique - Il faut mettre par terre non seulement Hitler, mais le Germanisme.

- 4 septembre 1939 - Les Anglais jettent au-dessus du territoire Allemand 10 millions de tracts (1 pour 6 habitants) - " Révoltez -vous donc contre Hitler qui vous mène à la ruine ". Curieuse erreur psychologique - Méconnaitre à ce point la mentalité du peuple allemand discipliné, moutonnier, encadré, surveillé...les radios commencent à mentir de part et d'autre...

 - 7 septembre 1939 - 1ère mission de guerre à l'Escadrille - Lieutenant GUIEU - Adjudant VILLEY - Sergent JEAN - Protection d'une patrouille de la 4ème Escadrille - 6500 m - Je crois qu'on est mûrs pour faire de l'altitude - le ciel est vide - Emotion pour rien.

- 8 septembre 1939 - 1er engagement de l'Escadrille (dans des conditions que je laisse décrire par l'Adjudant-Chef CRUCHANT):

" sur le secteur OTTERBACH - SCHADT l'escadrille assure la protection de nos avions d'observation de 15H00 à 16H00 à 4.000 m. Une patrouille simple assure cette protection:
Adjudant-Chef CRUCHANT - Sergent-Chef CASENOBE - Sergent SAILLARD - Une patrouille légère protège cette patrouille simple:
Adjudant VILLEY - Sergent DIETRICH -

La patrouille d'hier à trouvé le ciel vide de tout avion ennemi -

Nous croyons tous à un secteur très calme - Le ciel est clair, de 15H00 à 15H15 environ, une vraie mission de temps de paix, où les avions à protéger auraient pris une autre itinéraire. Calme parfait, assurance complète - Nous venons de pousser une pointe en direction de LANDEAU, il est 15H20. A hauteur de WINDEN la D.C.A. ennemie que nous tentions depuis notre arrivée se charge de rompre la monotonie de la mission. Salués de salves bien nourries et bien à hauteur nous regagnons nos lignes, nous nous y efforçons du moins en faisant tirer dans le zig quand nous sommes dans le zag - Les batteries nous ont bien ajustés et du sol ce doit être une jolie marquetterie de noir sur bleu, où nos cinq Curtiss tracent de bizarres mais savantes arabesques. La surprise passée les salves se rapprochent et c'est vite un décor infernal où les "DIABLES" eux-mêmes ont bien le bouc provoquant, l'oeil enflammé, mais aussi les traits saillants et la gorge sèche - L'orchestre cesse -
Après le bal les "DIABLES " reprennent haleine et s'épongent les tempes toutes cornes au vent. Sans crier gare et dans le dos des Messerschmidt nous ajustent une rafale, qui nous surprenant nous fait dresser comme des vipères et lancer "ce mot" claironnant que le théatre n'a pas été seul à retenir et qui est le Commandement d'exécution de notre riposte. Emportés par leur élan les Messerschmidt nous dépassent. CASENOBE ajuste de loin le premier qui m'a tiré. Le virage que j'effectue nous en fait arriver un de travers que CASENOBE au-dessus de moi prend en chasse quand il arrive à ma hauteur. Il ne le quittera plus qu'à 1500 m d'altitude après l'avoir seringué comme il convient et vu passer sur le dos à ce moment là. Le Lieutenant GUIEU regrettera vivement l'interruption de la radio car au cours de cette chasse notre "Méridional" a du asséner à sa vicime quelques petits jurons bien "assentués".
 

-VILEY le plus affreux des « DIABLES » est lui au prises avec trois Messerchmidt qui ont déjà écorné notre petite « Marlène » secondant en diablotine experte son effrayant chef de patrouille. Marlène rentre sagement. Comme  diable en bénitier, VILLEY se démène et arrive a en posséder un qu’il arrose avec ardeur et ne le quitte que pour se dégager d’un nouvel intrus qu’il a dans la queue. SAILLARD, diable réfléchi attends le moment de s’engager me perd de vue et seul ne peut que rentrer au terrain. Pour moi, pauvre diable métamorphosé en « pigeon » puis en mère poule, je tente de me porter à l’aide de VILLEY et CASENOBE ; Mais harcelé par les « salopards » qui tombent du ciel je déroute leur tir par la manœuvre, en ajuste un en lui faisant face. Trois quart avant, le vise, le tire et … le manque – J’effraie  enfin le dernier Messerchmidt qui vient à la rescousse. Tout est terminé. Le ralliement est immédiat, VILLEY et CASENOBE sont avec moi. Nous n’avons pas vu partir nos équipiers et sommes très inquiets, nous craignons beaucoup pour eux. A ce moment il est 15h45, le secteur est là tout proche : il me tente guère. Nous avons peut être deux diables a venger ! Nous y retournons. Le ciel est serein, les Alpes au loin dressent leurs sommets immaculés et nous voyons arriver 16h00 avec plaisir. Nous rentrons toujours inquiets des absents. Notre arrivé au terrain s’en ressent. Posé nous nous retrouvons au complet et la joie que nous avons dans les yeux et celle qui illumine le visage du Lieutenant GUIEU nous fais oublier la perte de notre séance de retour. « Il fera bon dans les toiles ce soir «.   – CRUCHANT –

Cela est net, l’Adjudant-Chef CRUCHANT joint aux qualités d’un chef de patrouille ardent (malgré son age … c’est l’ancêtre de l’Escadrille avec ses 31 piges) un talent littéraire que d’autres engagements aussi heureux, que celui-ci lui permettront je souhaite de cultiver. Il est en effet difficile de dire la succession des intenses sentiments d’inquiétude puis de joie immense aussi, dans les quelques 20 minutes qui ont séparé l’atterrissage de DIETRICH (gosse de 20 ans, imberbe, rose, yeux bleux, qui porte avec le sourire le nom accablant de Marlène) de celui de toute la patrouille… Nous voyons d’abord revenir un taxi seul – Je reconnais Marlène tout en nage – « où sont les autres ?  je ne sais pas si il y a eut un combat ( !!!) et j’ai reçu des balles, je suis rentré » - Je vois en effet quatre larges trous dans le plan gauche et dans l’empennage du III ( Sensation) – Ce qu’elle ne dis pas c’est qu’elle s’est posé d’abord à HERBEVILLERS pour demander où diable pouvait bien se trouver le terrain de XAFFEVILLERS – Mais compte tenu de l’émotion et pour un deuxième vol à l’Escadrille, je ne suis pas mécontent de cette navigation et, très content de la revoir, je lui claque affectueusement les joues.  Quelques minutes plus tard, rentre la patrouille du Lieutenant VINCOTTE tronquée de son 2ième équipier, lequel s’est perdu et a rallié une patrouille de la 4 ( ô honte) – Son nom est COISNEAU – J’espère bien qu’il ne recommencera pas -  Je laisserais au Lieutenant VINCOTTE – Max la Terreur – le soin d’exprimer ici, à l’usage des jeunes pilotes en mal d’essence, la meilleure façon de se poser sur un terrain sans capoter en bout de piste.

Quelques minutes plus tard, triomphe de joie, je vois rappliquer mes zèbres – Quelques passages en rase-mottes me font comprendre qu’il s’est passé quelque chose « Mais pas de tonneaux lents : pas de boches alors ? » - Rendez vous à la soute – CRUCHANT me dit : « CASENOBE en a un et VILLEY aussi » - Immédiatement commence un discutage de coup énorme – L’Escadrille vogue en pleine gloire – Elle sera la première Escadrille de France et de NAVARRE a avoir descendu du boche – Sachez bien cela, vous tous qui lirez les relations de cette guerre dans la suite des temps – Le Commandant d’Escadrille exulte – Il est fier de ses pilotes…. Et puis il a fallu faire des comptes rendus – Plusieurs … Qu’importe « On les aura » -

-A signaler la présence du Général ODIC sur le terrain, en cette heure historique – Un sourire large illumine son visage, dont l’austérité est légendaire – Je suis parti moi-même peu de temps après en patrouille légère avec JEAN : couverture de HAGENAU à 4.500 m -  Je dois dire pour être sincère, que je les ais un tout petit peu coincées : Mais personne ne l’a su et c’est là l’essentiel –

 8 Septembre 1939 après-midi – Le Lieutenant VINCOTTE emmène CARRERE et COISNEAU assurer une couverture sur HAGUENAU – Il est en liaison radio avec la voiture qui parle en outre à deux patrouilles de la 4 -  Confusion des indicatifs – Ces fameux indicatifs que personne ne connaît – Et sur mon ordre (C’est le Lieutenant VINCOTTE qui parle) tout le monde rentre au terrain. – Trente minutes de vol pour rien – Nous repartons – Ecoeuré je veux punir la radio en n’écoutant pas ce qu’elle dit – Arrivés sur le secteur nous cherchons, à nous en fatiguer la vue, quelque avion boche – Rien qu’un Potez 631 duquel je m’approche pour l’identifier sûrement. J’ai battu des plans et COISNEAU prenant mon signal pour un signal d’attaque s’accroche au Potez comme un morpion et ne voit pas son chef de patrouille qui trépigne… bât des plans et hurle  dans une radio volontairement sourde pour le rappeler. Je reviens sur le secteur avec CARRERE, COISNEAU, qui au mépris de tout ce que ces vénérés anciens lui ont enseigné, erre on ne sait trop où – Il s’accrochera plus tard à une patrouille de la 4 pour trouver plus sûrement le terrain  et essaiera de se disculper en racontant des histoires de points de ralliements vaseuses qui ne pouvaient servir que de mauvaise excuse à un très mauvais élève équipier, ce qui n’est pas le cas (large sourire de COISNEAU en lisant ces lignes) Je continue la couverture jusqu’à l’heure H + 1 seul avec CARRERE. Il me reste 200 litres dans mon réservoir. Très facile … Toujours suivis par mon fidèle CARRERE, avant de quitter le secteur, je pique sur le terrain d’HAGUENAU pour voir si par hasard COISNEAU ne s’y serais pas posé – Non ! Il faut le chercher autre part, nous rentrons en ligne droite après être remonté à 2.000 m. CARRERE me colle très bien, si bien même que je le vois parfaitement quand il me fait un signe un peu avant BACCARAT qu’il n’a presque plus d’essence dans son réservoir : Comment ? Plus de 150 litres dans le mien ? Voilà qu’il n’a pas manœuvré son appauvrisseur et qu’il n’a pas fermé ses volets de capot. Je l’engueulerais tout à l’heure. Mais j’avoue que ces bonnes résolutions tombent au moment où je le vois battre des plans lamentablement et rester en arrière. Je le vois sortir son train et me suivre. Où sommes nous ? Très bien, le terrain est juste devant nous à quelques kilomètres et comme nous sommes encore à 1500 m CARRERE aura très facilement sa piste. Je pique sur le terrain en battant des plans pour le lui montrer, il n’a qu’à se poser droit devant lui. J’ai encore confiance dans ses qualités de pilote et je songe que voilà pour lui le moment de montrer ce qu’il aura appris a SALON. J’attends un peu angoissé en décrivant de larges cercles  de l’autre coté de la piste. Il arrive  en lisière de piste ; je vois l’ombre de son avion courir sur le sol et loin, oh ! tellement loin ! de lui . Mais pourquoi ne glisse-t-il que si timidement ? Enfin tant pis il ira finir de rouler dans le fossé qui borde le terrain au Sud-ouest !

Mais non il touche des roues. Oh ! il n’est  pas en perte de vitesse, il rebondit, je vois l’ombre qui s’éloigne de son avion et s’en rapproche très vite, beaucoup trop vite. Maintenant tout les hommes qui se trouvaient dans les environs se précipitent vers un pauvre Curtiss qui retourné sur la piste a l’air aussi lamentable qu’une tortue sur le dos. Je me pose en vitesse non sans avoir été obligé de remettre la sauce, gêné par tous ces coureurs. J’apprends que CARRERE n’est heureusement que très légèrement blessé – Ouf ! Tout de même j’attendrais pour lui dire ce que je pense qu’il revienne de convalescence.

 -VINCOTTE
 

-9 Septembre 1939 – Triste événement aujourd’hui- Mort de JEAN – Perte de vitesse peu après le décollage, chute dans un bois près de DEINVILLERS – Mort sur le coup et carbonisé – JEAN promettait beaucoup – C’est ce qui lui a valu d’être choisi pour suivre avec l’Escadrille à XAFFEVILLERS, au lieu de se rendre , comme cela avait été prévu à l ‘Escadrille de Guet du coté de MONCORNET – Quand fera-t-elle quelque chose cette « bon Dieu d’Escadrille de Guet » (Comme aurait dit le Capitaine DESTAILLAC) – Excellent pilote de bimoteur, il avait été désigné pour piloter le Potez 631 de l’Escadrille ; je l’avais pris dans ma patrouille avec VILLEY. Les petits cornards du début ne lui avait pas été épargnés – Je le vis un jour essayer ses mitrailleuses à 5000 m à coté de moi, au dessus du territoire français ! Alors que j’espère toujours un peu que celles que je tire dans la nature tomberont sur le sale portrait  d’un quelconque Feld- Général Major boche- Mais  à chaque sortie je sentais ses progrès – J’éprouvais une sorte de jouissance – oui monsieur – en me rendant compte qu’il ne serait pas utile de le renvoyer à l’arrière comme certains incapables (Il n’y en a pas à l’Escadrille) pour suivre tout le cycle des pacifiques progressions de combat, de manœuvre, de tir, de navigation.

 La rude école des patrouille de Guerre où l’on apprend tout en  même temps, de manière un peu désordonnée peut être , mais où toutes les inutilités, où tous les pinaillages ridicules sont impitoyablement supprimés, est autrement profitable à ceux qui ont quelques chose dans le ventre – La veille CARRERE s’est cassé la figure : son taxi est mort ; lui est à LUNEVILLE – Je décide de mettre JEAN dans la patrouille du Lieutenant VINCOTTE et de prendre avec moi la jeune Marlène – Une protection est demandé a l’Escadrille sur SARREGUEMINES – Ma patrouille part la première. JEAN est venu se ranger à ma droite, comme d’habitude. Je lui fais signe que je ne veux pas de lui et qu’il rejoigne la patrouille du Lieutenant VINCOTTE -  Il me fait signe qu’il a pigé – il sourit- il fait demi-tour.. Je ne devais plus le voir tel qu’il était –DIETRICH prend sa place – On décolle – La 2ième patrouille décolle presque immédiatement après – JEAN est à droite… Je prends la liaison radio avec VILLEY qui me dit tout de suite : « un avion de la patrouille du Lieutenant VINCOTTE » est tombé près du terrain et a pris feu, ce n’est pas le Lieutenant VINCOTTE – « Quelle tuile » Bien compris, bien compris on continue – VINCOTTE aussi a continué- Je ne l’ai pas revu avant l’atterrissage – Il a fait toute la mission a 6000 m. 1500 m au dessus de moi – J’ai seulement aperçu une patrouille légère de Morane 406 qui s’est intercalée entre nous… Que de chasse sur le secteur – Pour des prunes ! Retour au terrain et là j’apprends que c’est JEAN – Il faut aller déjeuner en vitesse – Ma patrouille fait une seconde mission au début de l’après midi. Vers le soir, je puis aller sur les lieux de l’accident – On l’a plié dans les reste de son parachute – Pauvre bougre, c’est méconnaissable – Mais il n’a pas souffert – On le met en bière tout près de là à la tombée de la nuit et c’est un spectacle bien triste que celui des quelques hommes penchés sur cette pauvre chose, dans la brume, que le soir a amené dans la laie forestière dont les lignes s’estompent, dont les couleurs se fondent en un décor de rêve… La nuit  il a été veillé à l’Eglise de ROVILLE AUX CHENES, ou se trouve le cantonnement du groupe.

 24 Septembre 1393 – Activité réduite à cause de mauvais temps – Le capitaine CLAUDE l’a remarqué «  Il y a 2 vents, celui qui amène la pluie et celui qui amène le brouillard » Ce à quoi le Lieutenant VINCOTTE a répondu que « précisément le brouillard était caractérisé par l’absence de vent » - Laissons là cette querelle de puristes et constatons seulement avec tristesse que la pluie comme le brouillard maintiennent au sol les aviateurs, ce qui est une très mauvaise chose pour eux
– L’Escadrille a volé en protection et en chasse libre les
 9-10-11-13-17-21 et 23 septembre - Aucune rencontre - Aucun combat - Aucun événement intéressant autres que :

1° - Le 9 la fuite de 4 Messerschmidt qui auraient été sans doute fort aises de tomber sur 2 Mureaux que nous protégions au Nord de WISSEMBOURG -

2° - Une balle venue du sol dans le 89 de CASENOBE, hier au cours d'une mission de chasse libre 2 ou 3 Km au Nord de SARREGUEMINES ... et je crois bien au dessus      du territoire français, notre progression ayant avancé les lignes dans ce coin d'une     distance de 1 km à l'Est - La balle que l'on a retrouvée contre le boîte à cartouches de la mitrailleuse de plan droite est une balle ordinaire, enveloppe de maillechort, noyau de plomb, ressemblant fort à celle de notre F.M. ... ?

Taxi réparable en Escadrille ... Fort heureusement car le III de DIETRICH est toujours là avec ses trous, dans les plans ... et rien n'est fait depuis le 9 septembre.

24 Septembre 1939 - "JE REVIENDRAI FAIRE UNE PATROUILLE AVEC VOUS"

                                                                       - René FONCK -

 

24 Septembre 1939 - Bon jour - Oui, le Lieutenant-Colonel FONCK, as des as de la dernière guerre, a bien voulu faire cette promesse à l'Escadrille ... car il y a eu un beau baroud aujourd'hui.

2 Patrouilles en mission de chasse libre (Lieutenant GUIEU, Adjudant VILLEY, sous-Lieutenant CUNY et Lieutenant VINCOTTE, Sergent-chef CASENOBE, Sergent CARRERE). On s'en va sur les lignes par HAGUENAU - On fait un tour au dessus des nuages et on repique au dessous direction BITCHE - Vers 16 H 20 j'entends des hurlements dans la radio. Il se passe quelque chose derrière moi - La saute, toute, et virage en montant à gauche - J'aperçois 3 Messerschmidt - J'en vois deux passer à 200 m à droite, en échelon refusé, le dernier encadré par le tir de l'Adjudant VILLEY - Le tir s'arrête ; je vais le prendre à mon tour, profitant de ma supériorité d'altitude - Je pique en virant à droite. A ce moment je reçois une seringuée maison qui fait sauter mon pare brise, esquinte le collimateur et me fait partir en vrille à gauche - Le tir s'est arrêté aussitôt déclenché, grâce à VILLEY qui à fait fuir mon adversaire - Je redresse 400 m plus bas et je m'aperçois alors que l'avion penche à gauche - La commande de l'aileron gauche est coupée - Le combat a duré 15 secondes ..., si rapide que la deuxième patrouille ne s'est pas engagée ... Regroupement sur BITCHE et retour au terrain - Je fais passer devant le Lieutenant VINCOTTE qui atterrit et prévient la sanitaire, car 2 impacts dans le plan me donnent à penser que le train peut avoir pris quelque chose - Je le sors néanmoins sans difficulté et VILLEY me signale que tout va bien - Atterrissage normal, manche à droite, sans difficulté particulière.

On le reverra 15 impacts dans mon taxi, qui a eu aussi le réservoir de fuselage (vide heureusement) percé - " Ils " utilisent des balles perforantes et des balles incendiaires, les sales teutons - On leur rendra leur monnaie -

Pour moi aussi il fait bon dans les toiles ce soir -

Je crois que l'on aurait pu mieux faire et la deuxième patrouille aurait du s'engager - Les Fritz l'ont, pour une fois échappé belle - mais ils ne perdront rien pour attendre.
 

25 Septembre 1939 - Mort du Capitaine CLAUDE, Commandant de la 4ème Escadrille - Un beau combat - 5 boches descendus - CLAUDE a été mitraillé au bout de ses ficelles - 2 balles dans la tête alors qu'il était suspendu à son parachute après un beau combat où il a eu son Boche - Il s'est battu 20 minutes, avant d'être obligé de sauter de son avion en flammes - La mort de ce cher camarade, rare figure de preux, nous plonge tous dans la douleur. Ce jour le Lieutenant VINCOTTE quitte l'Escadrille pour prendre le commandement de celle de CLAUDE- Perte manifeste pour nous - Le Lieutenant VINCOTTE joignait à certaines qualités de technicien, des qualités certaines de bout en train, de "grande gueule" sympathique - Son comportement en l'air permettait de fonder sur lui de grandes espérances - L'Aspirant LE CALVEZ a été affecté à la 3ème Escadrille.

 27 Septembre 1939 - Une petite corrida aujourd'hui qui a amusé le Commandant d'Escadrille et qui l'a foutu en rogne ... - because: amour propre - Donc voici ce qui s'est passé : Deux patrouilles de " DIABLES ROUGES " assuraient une mission de protection sur le secteur HORNBACH - WALSCHBRONN - Temps moche - Au retour dans nos pénates j'aperçois trois points noirs à l'horizon visibles (21 m) - Ce ne sont pas des avions français - C'est assez gros - Oh! Si c'était des boches de reconnaissance - On fonce dessus - Je reconnais trois Fairrey Battle et l'annonce par radio ...  Mais la radio ne transmet que ce qu'elle veut bien transmettre - Les trois " alliés " eux, nous prennent pour des boches audacieux et piquent de 500 m au sol, l'un deux lançant une fusée à deux feux rouges ..... Une bombe, dira VILLEY ... et puis ils prennent la direction de la Bochie en rase mottes - VILLEY " voit un mitrailleur me tirer en dessous " et leur fait une belle passe plein travers .... Il s'aperçoit alors qu'il y a sur les plans une sorte de cocarde rouge et bleue d'où le blanc à disparu. Ce sont des Anglais ??. Camouflés (Ils auraient pu prévenir) En signe d'amitié, VILLEY vient faire le petit fou au milieu d'eux ... - Cependant que je m'évertue à faire à 50 m de la section des oppositions de fuselage pour montrer mes cocardes bien françaises, avec du beau blanc bien visible ... - Cependant que CASENOBE, comme un jeune écervelé, ne regardant pas ce que fait son chef de patrouille s'est mis dans la queue du dernier ... et lui a tiré dessus (pour dire les choses comme elles se sont exactement passées). Il le touche très nettement, car au moment où nous les abandonnons une 2ème fusée à 2 feux rouges quitte l'avion vers le sol qu'elle percute presque instantanément en rebondissant - Arrivé à la hauteur de BITCHE, après un dernier signe d'amitié, nous quittons nos bons amis anglais qui foncent toujours à 400 à l'heure en sautant les arbres. Retour au terrain, sans histoire cette fois-ci. Par radio (elle veut bien marcher maintenant) je raconte à la voiture du groupe ce qui s'est passé - " Elle est bien bonne ") d'autant plus j'ignore encore que mes zèbres ont tiré). Et puis je l'apprends de leur bouche.

Et puis VILLEY, CASENOBE et moi-même sommes convoqués au P.C. Le Capitaine BORNE nous dit: " Vous avez gagné " - Votre anglais est descendu " Tête des 3 ci-devant - Je suis furieux et humilié. Je crois bien que VILLEY et CASENOBE s'en sont rendus un peu compte ... En fin de soirée on apprend que l'anglais a été descendu, un peu plus loin ..... en Allemagne par des Messerschmidt (que diable allait-il faire en cette galère ?)

 29 Septembre 1939 - Pas d'anglais descendu aujourd'hui par nous ..! 
 
 
30 Septembre 1939 - l'Escadrille prend aujourd'hui sa revanche - revanche sur la 4 qui a été assez heureuse pour descendre 10 avions boches je crois - Il faut dire ce qui est : Il y a de sacrés bonshommes aussi de l'autre côté du terrain, mais nous n'avons pas eu, comme eux, le bonheur et la chance de rencontrer de boche depuis l'engagement du 24 - Comme ma radio n'a pas fonctionné et que je suis passé sous-chef de patrouille ... et que c'est toujours moi qui ponds sur ce cahier, je laisse le plume a VILLEY, qui, en dehors de ses fonctions de barman chef passe son temps à roupiller (il fait de la graisse blanche) ou à effectuer des liaisons à RAMBERVILLERS (et j'aime mieux, tirer un voile pudique sur ces liaisons qui peuvent être prises dans toutes les acceptions d'un terme aux sens multiples ... !)

 

" D'abord mise au point : moi VILLEY, Diable barbu peut être, mais pas le plus affreux - Je proteste avec toute l'énergie qui me caractérise et réfute toutes les odieuses calomnies dont je suis l'objet ah! mais !!! Maintenant diablotins oyez un des combats les plus fameux (air connu) que livrèrent vos anciens :

Le Lieutenant GUIEU m'avait donc passé le Commandement de la patrouille et à 16 H 45 j'abordais les lignes entre WISSEMBOURG et LAUTERBOURG. Tout de suite repérage d'un biplace français travaillant vers 3000 puis d'un autre longeant d'assez bas la frontière : à part cela R.A.S. - un soleil aveuglant dans le Sud Ouest ; enfin un vrai décor de guet-apens - Vers 16 H 55 je repère vers LANDAU quatre petits points suspects - alerte immédiate par radio mais malheureusement mes patrouilleurs (Lieutenant GUIEU et Sergent COISNEAU) ne m'entendent pas, alors que l'Adjudant-chef CRUCHANT vieux diable rusé qui me protège avec CASENOBE et CARRERE (beau trio) entend et juge de suite la situation. Les 4 boches prennent de l'altitude - Je recule dans nos lignes et me planque dans ce bon vieux soleil, tout en continuant à protéger mes lascars d'observateurs qui ne se doutent de rien - Tout d'abord je crois que les Fritz m'ont vu et cherchent à me coiffer (je rigole doucement because CRUCHANT, mais pas du tout : ces 4 fous plongent et vont attaquer mon biplace d'en bas qui se trouvait au Nord de la forêt d'HAGUENAU. Profitant de l'aubaine je leur plonge au cul et je prends à partie le dernier alors que les deux premiers commençaient à tirer sur le biplace (l'équipage a du faire une drôle de bouille) - Corrida avec mon boche, alors que l'un des deux premiers Messerschmidt me tirait, mais le patron lui saute dessus et le remet dans le droit chemin - Après ma première rafale le pointu fume (au sens propre) mais pas d'histoires, je l'arrose jusqu'au moment où il s'enflamme sans espoir d'extinction. Hurlement de joie, coup d'oeil à droite, à gauche, dessus, dessous, devant et derrière ; tableau magique - Le Lieutenant GUIEU passe à côté de moi poursuivant son pointu qui commence à fumer singulièrement et va se ramasser dans les environs de LAUTERBOURG ; COISNEAU est là, mais pas vu la patrouille supérieure. Peu de temps après, CARRERE me prévient radiophoniquement que CRUCHANT est posé en panne à SAVERNE. Corrida à l'atterrissage ; joie de tous - Même le Lieutenant GUIEU a retrouvé son sourire (Il l'avait perdu lors d'une vague histoire où il était question je crois d'anglais) - Après vérification j'ai 1 balle dans le plan droit qui m'a presque complètement sectionné ma commande d'aileron - Une belle liaison en perspective ... pour ce soir!."

Devant cette truculence, il n'y a qu'à s'incliner.

Octobre 1939